salimdz
12/11/2008, 22h18
Abdelaziz Bouteflika accusé de s'incruster au pouvoir en Algérie
par William Maclean
ALGER (Reuters) - Le Parlement algérien se prononce sur une réforme de la Constitution supprimant notamment la limitation à deux du nombre des quinquennats présidentiels, un amendement que l'opposition présente comme taillé sur mesure pour autoriser Abdelaziz Bouteflika à rester au pouvoir à vie.
Le sort de cette réforme annoncée il y a 15 jours par le chef de l'Etat ne fait aucun doute car la coalition parlementaire tripartite qui soutient Bouteflika dispose d'une majorité absolue écrasante à l'Assemblée populaire nationale et au Conseil de la nation, la chambre haute, qui se réuniront en session conjointe.
Agé de 71 ans, Bouteflika avait a été élu à la présidence pour la première fois en 1999 avec le soutien de l'armée en promettant de mettre fin à l'insurrection islamiste provoquée par l'annulation en 1992 d'élection législatives libres et pluralistes que les islamistes s'apprêtaient à remporter.
Cinq ans plus tard, celui qui avait déjà été ministre des Affaires étrangères durant 16 ans dans les décennies 1960-70, est devenu le premier chef de l'Etat algérien démocratiquement reconduit depuis l'indépendance de l'ancienne colonie française, en 1962.
Bouteflika n'a pas encore explicitement exprimé son intention de briguer une troisième mandat à l'expiration de son quinquennat actuel, en avril 2009, mais ses opposants l'accusent ouvertement de faire modifier la loi fondamentale par un Parlement à sa main afin de s'incruster au pouvoir.
"A l'instar de beaucoup d'autres potentats, ailleurs dans le monde, il a toujours voulu être président a vie", a écrit à son propos Rachid Benyelles, un ancien général naguère très influent et aujourd'hui à la retraite.
Selon lui, le maintien de Bouteflika à la présidence va accroître ce que beaucoup d'Algériens ressentent comme une profonde stagnation politique de leur pays de 34 millions d'habitants que ses richesses en pétrole et gaz placent au troisième rang des économies africaines.
"ENCORE UN SACRIFICE POUR L'ALGERIE"
Dénonçant la mainmise de la présidence sur les pouvoirs législatif et judiciaire, les dirigeants politiques d'opposition estiment qu'il aurait mieux valu respecter plutôt qu'amender la Constitution algérienne au nom d'un supposé renforcement de la démocratie.
"Les articles soumis à amendement sont violés quotidiennement par le groupe politique qui organise ce qu'il faut bien appeler un putsch", affirme ainsi le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti d'opposition laïque et berbérisant. "Aujourd'hui, la Loi fondamentale est amendée pour une présidence a vie", accuse-t-il."
Les partisans du président, qui avait été opéré en décembre 2005 en France d'un ulcère hémorragique à l'estomac, assurent au contraire que la réforme constitutionnelle vise à renforcer la démocratie et à poursuivre la reconstruction du pays après une décennie de violences qui a fait quelque 150.000 morts.
Selon le journal gouvernemental El Moudjahid, la réforme, qui comprend d'autres amendement tendant à renforcer les prérogatives présidentielles, répond à une demande populaire: "Les Algériens, en fait, ont demandé à Abdelaziz Bouteflika de faire encore un sacrifice pour l'Algérie."
Ces changements ont pour objet de "permettre au peuple d'exercer son droit légitime à choisir ses gouvernants et à leur renouveler sa confiance en toute souveraineté", avait souligné Bouteflika lui-même en annonçant la future réforme devant un parterre de magistrats le 29 octobre.
"Nul n'a le droit de limiter la liberté du peuple dans l'expression de sa volonté, car la relation entre le gouvernant élu et le citoyen électeur est une relation de confiance profonde, réciproque, basée sur le choix populaire, libre et convaincu", avait-il souligné.
"Au peuple et au peuple seul revient le pouvoir de décision", avait encore ajouté Bouteflika.
Certains commentateurs estiment précisément que son choix de ne pas recourir à un référendum pour réformer la Constitution est susceptible d'affaiblir sa légitimité, notamment parmi les laissés-pour-compte d'un système qu'ils perçoivent comme au service d'une élite politique corrompue.
Version française Marc Delteil
source : http://www.maghreb.msn.com/Actualites/ViewArticle.aspx?Cat=Monde&Id=2008-November-12_08_32_16
par William Maclean
ALGER (Reuters) - Le Parlement algérien se prononce sur une réforme de la Constitution supprimant notamment la limitation à deux du nombre des quinquennats présidentiels, un amendement que l'opposition présente comme taillé sur mesure pour autoriser Abdelaziz Bouteflika à rester au pouvoir à vie.
Le sort de cette réforme annoncée il y a 15 jours par le chef de l'Etat ne fait aucun doute car la coalition parlementaire tripartite qui soutient Bouteflika dispose d'une majorité absolue écrasante à l'Assemblée populaire nationale et au Conseil de la nation, la chambre haute, qui se réuniront en session conjointe.
Agé de 71 ans, Bouteflika avait a été élu à la présidence pour la première fois en 1999 avec le soutien de l'armée en promettant de mettre fin à l'insurrection islamiste provoquée par l'annulation en 1992 d'élection législatives libres et pluralistes que les islamistes s'apprêtaient à remporter.
Cinq ans plus tard, celui qui avait déjà été ministre des Affaires étrangères durant 16 ans dans les décennies 1960-70, est devenu le premier chef de l'Etat algérien démocratiquement reconduit depuis l'indépendance de l'ancienne colonie française, en 1962.
Bouteflika n'a pas encore explicitement exprimé son intention de briguer une troisième mandat à l'expiration de son quinquennat actuel, en avril 2009, mais ses opposants l'accusent ouvertement de faire modifier la loi fondamentale par un Parlement à sa main afin de s'incruster au pouvoir.
"A l'instar de beaucoup d'autres potentats, ailleurs dans le monde, il a toujours voulu être président a vie", a écrit à son propos Rachid Benyelles, un ancien général naguère très influent et aujourd'hui à la retraite.
Selon lui, le maintien de Bouteflika à la présidence va accroître ce que beaucoup d'Algériens ressentent comme une profonde stagnation politique de leur pays de 34 millions d'habitants que ses richesses en pétrole et gaz placent au troisième rang des économies africaines.
"ENCORE UN SACRIFICE POUR L'ALGERIE"
Dénonçant la mainmise de la présidence sur les pouvoirs législatif et judiciaire, les dirigeants politiques d'opposition estiment qu'il aurait mieux valu respecter plutôt qu'amender la Constitution algérienne au nom d'un supposé renforcement de la démocratie.
"Les articles soumis à amendement sont violés quotidiennement par le groupe politique qui organise ce qu'il faut bien appeler un putsch", affirme ainsi le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti d'opposition laïque et berbérisant. "Aujourd'hui, la Loi fondamentale est amendée pour une présidence a vie", accuse-t-il."
Les partisans du président, qui avait été opéré en décembre 2005 en France d'un ulcère hémorragique à l'estomac, assurent au contraire que la réforme constitutionnelle vise à renforcer la démocratie et à poursuivre la reconstruction du pays après une décennie de violences qui a fait quelque 150.000 morts.
Selon le journal gouvernemental El Moudjahid, la réforme, qui comprend d'autres amendement tendant à renforcer les prérogatives présidentielles, répond à une demande populaire: "Les Algériens, en fait, ont demandé à Abdelaziz Bouteflika de faire encore un sacrifice pour l'Algérie."
Ces changements ont pour objet de "permettre au peuple d'exercer son droit légitime à choisir ses gouvernants et à leur renouveler sa confiance en toute souveraineté", avait souligné Bouteflika lui-même en annonçant la future réforme devant un parterre de magistrats le 29 octobre.
"Nul n'a le droit de limiter la liberté du peuple dans l'expression de sa volonté, car la relation entre le gouvernant élu et le citoyen électeur est une relation de confiance profonde, réciproque, basée sur le choix populaire, libre et convaincu", avait-il souligné.
"Au peuple et au peuple seul revient le pouvoir de décision", avait encore ajouté Bouteflika.
Certains commentateurs estiment précisément que son choix de ne pas recourir à un référendum pour réformer la Constitution est susceptible d'affaiblir sa légitimité, notamment parmi les laissés-pour-compte d'un système qu'ils perçoivent comme au service d'une élite politique corrompue.
Version française Marc Delteil
source : http://www.maghreb.msn.com/Actualites/ViewArticle.aspx?Cat=Monde&Id=2008-November-12_08_32_16