Ahmed Hamoui, expert dans les télécommunications

« L’opérateur historique n’avait aucune chance face à l’entrant »

L’ancien conseiller du ministre du secteur jusqu’en 2004 témoigne que l’ouverture du marché des télécoms s’est faite dans « la précipitation ».

L’octroi d’une seule licence de téléphonie mobile, lors de l’ouverture du marché des télécommunications en 2000, a été une erreur stratégique, eu égard aux conséquences néfastes que cela a eu sur la concurrence entre les opérateurs de téléphonie. C’est l’idée que soutient Ahmed Hamoui, expert dans le domaine des télécommunications, qui a eu à occuper plusieurs postes de responsabilités, dont celui de conseiller du ministre de la Poste et des Télécommunications jusqu’en 2004. Intervenant jeudi dernier lors d’une journée d’étude sur « la concurrence et la régulation économique », organisée par la faculté de droit d’Alger, l’expert a indiqué que les problèmes dans lesquels se débat Algérie Télécom (l’opérateur historique) trouvent leur origine dans les conditions difficiles dans lesquelles l’entreprise a été mise sur pied. « L’opérateur historique n’avait aucune chance de faire face à l’opérateur entrant qui a bénéficié de toutes les aides nécessaires. C’est la première fois où l’on voit un opérateur historique se faire dépasser par un concurrent entrant », souligne M. Hamoui. Pour lui, l’ouverture du marché des télécoms s’est fait dans la précipitation si bien que beaucoup d’aspects liés à la législation demeurent toujours ambigus. Tout en appelant les pouvoirs publics à venir en aide à l’opérateur historique, le même expert pense qu’il est temps de « revoir quelques dispositions de la loi régissant le secteur des télécoms, notamment celles liées aux prérogatives de l’ARPT, à l’agence nationale des fréquences et à la gestion du spectre des fréquences ». Afin de « redorer le blason d’Algérie Télécom », l’expert suggère aux autorités publiques de renforcer la position de l’entreprise en matière de téléphonie fixe où il reste à « capter 4 à 5 millions d’abonnés », d’assainir son réseau urbain de téléphonie et de régler le problème de la surcharge du personnel. Il ne manquera pas d’indiquer à ce propos que le lancement prochain d’une licence pour la 3G ne devrait pas détourner l’attention de l’opérateur sur ses objectifs, en ce sens que la technologie 3G coûte très cher sans pour autant qu’elle soit forcément rentable. Selon lui, des experts internationaux avaient tablé sur un nombre d’abonnés à la 3G dans le monde dépassant les centaines de millions en 2005, alors que leur nombre ne dépasse pas aujourd’hui 70 millions d’utilisateurs. En matière de régulation, le professeur Laggoune Walid de la faculté de droit d’Alger a estimé que l’idée de laisser dans l’absolu le marché s’autoréguler sans l’intervention d’une quelconque autorité est une fausse idée. Selon lui, la régulation et le contrôle sont des missions qui reviennent à l’Etat à travers les instances qu’elle désigne. Il n’en demeure pas moins qu’en Algérie, le concept de régulation et l’indépendance qu’il suggère demeure peu assimilé. Selon lui, « psychologiquement, les autorités chargées de la régulation se considèrent toujours dépendant de la tutelle et leur relation avec l’opérateur historique n’est toujours pas bien définie ».

source : http://www.elwatan.com/spip.php?page..._article=92232