Réunis hier à Paris, les opérateurs télécoms et géants de l'Internet se sont affrontés sur le financement des réseaux. Les premiers aimeraient que Google, Yahoo! ou Skype les paient pour utiliser les réseaux. Ce qu'ils refusent.

Qui doit financer le développement des réseaux de télécommunications*? C'est à cette question que les différents acteurs, réunis hier à Paris par le régulateur français des télécoms (Arcep), ont tenté de répondre. Pour résumer le débat, les France Télécom, Telefonica et Deutsche Telekom aimeraient que les géants du Net, qui utilisent largement les infrastructures de télécommunications, participent à leur financement. Sans quoi, les opérateurs mettent en avant l'engorgement probable des réseaux et l'obligation pour eux de gérer le trafic, ce qui pourrait impliquer de donner la priorité à leurs propres services. Les Google, Yahoo! et autres Skype estiment, eux, que ce sont leurs services qui donnent de la valeur aux réseaux. En outre, c'est la possibilité donnée jusqu'ici à chaque abonné à Internet d'accéder à tous les contenus et services de façon équivalente qui a permis l'innovation. Bref, c'est grâce à cette «*neutralité de l'Internet*» que la Toile connaît un tel succès.


Pour Stéphane Richard, directeur général de France Télécom, «*il ne faut pas être naïf dans le développement économique de l'Internet. L'iPad*3G, par exemple, posera des questions très concrètes en matière de bande passante. Derrière, cela signifie qu'il faut que quelqu'un investisse dans le réseau. Sans ces investissements, il n'y aura pas d'Internet mobile*». Ce à quoi Martin Rogard, du site Dailymotion, répond que «*les opérateurs touchent l'intégralité de l'abonnement. Il est donc normal que ce soient eux qui investissent*».


La possibilité de faire financer les infrastructures par les géants du Net inquiète d'ailleurs Yves Gassot, directeur général de l'institut Idate. Pour lui, «*Google et Yahoo! ont déjà développé des infrastructures très importantes pour contrôler la qualité de leurs services. Ils paient les opérateurs pour l'utilisation de la bande passante. Si les opérateurs décident de les faire payer encore plus, alors ces derniers risquent un jour de se réveiller en n'étant plus les seuls à avoir des infrastructures*».


Contraintes et gestion des flux

Reste qu'il faut tout de même gérer les pics de trafic. L'anarchie semble peut compatible avec les réseaux. Pour Matthew Kirk, de Vodafone, «*que ce soit sur le rail, la route ou dans l'espace aérien, il faut gérer le trafic*». A ce titre, Nicolas Currien, membre du collège de l'Arcep, explique que «*l'objectif du régulateur est d'atteindre la "quasi-neutralité" de l'Internet, c'est-à-dire le niveau de neutralité le plus élevé possible en fonction des contraintes liées à la gestion du trafic sur le réseau*». Pour cet économiste, les flux sur Internet ne doivent pas être «*discriminés*» mais peuvent être «*différenciés*». «*Sur une autoroute, les camions paient plus cher que les voitures mais toutes les voitures passent, qu'elles soient bleues ou rouges*», résume-t-il. En outre, «*il faut être transparent avec le consommateur. Sur une autoroute, on indique aux automobilistes quand il y a un embouteillage*», argue-t-il.


Reprenant cette comparaison, La secrétaire d'Etat au Numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, a expliqué que le rôle du gouvernement est de s'assurer que «*les voitures soient bien produites en Europe*», allusion aux Google, Apple, Facebook et Twitter, qui font cruellement défaut au Vieux Continent. «*Tout doit être fait pour s'assurer que la neutralité reste le socle d'Internet, son terreau et le ferment de son évolution*», a plaidé la ministre. Il faut «*distinguer entre les bonnes et les mauvaises pratiques, et nous ne nous interdisons pas là-dessus des évolutions législatives*», a-t-elle prévenu.




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