Manœuvres antiterroristes à la frontière ouest

supervisées par le général-major Ahmed BousteÏla

mercredi 28 mai 2008.

Ici même, les troupes se sont déployées, avec en appoint une hiérarchisation des tâches, une coordination de tous les services de la Gendarmerie nationale et une préparation à l’affrontement direct pour intercepter et neutraliser les contrebandiers armés, et riposter à une embuscade et à la destruction d’un groupe de terroristes.

La situation, qui prévaut actuellement à la frontière terrestre algéro-marocaine, n’est pas du tout reluisante à se fier aux donnes des services de sécurité. Si la contrebande est devenue monnaie courante au niveau de cette bande frontalière, la menace terroriste constitue une autre filière, qui a toujours lié les groupes armés aux trafiquants de tous genres et qui ont eu recours, durant ces dernières années, à l’usage des armes pour trouver d’autres palliatifs afin d’introduire la drogue, constituer des cartels et menacer la sécurité, l’économie et la stabilité du pays. Sur ce point précis, un volet souverain par excellence, les services de sécurité ne badinent pas avec le sujet. Et c’est dans ce climat assez tendu, accentué par la jonction entre les contrebandiers et les terroristes que la Gendarmerie nationale a exécuté, hier, un exercice tactique planifié, et dans l’esprit de préparer ses unités, au titre de la formation continue, au niveau du Groupement des garde-frontières (GGF) de Mekmen-Ben-Ammar, dans la commune d’El-Kasdir, relevant de la wilaya de Naâma. Objectif : “Interception et neutralisation d’un groupe de contrebandiers armés, riposte à une embuscade et destruction d’un groupe terroriste”. Selon le commandement de la Gendarmerie nationale, ce thème n’est pas fortuit : “Il s’inspire de l’analyse de la situation réelle qui prévaut dans la zone et des menaces qui pèsent aux frontières.” Et cette manœuvre a été minutieusement conçue de telle façon à enseigner aux troupes l’esprit d’anticipation et une réaction immédiate, loin des improvisations et des ripostes de circonstance contre toutes mauvaises surprises. “La date du déroulement de l’exercice est fixée pour le jour J entre 10h et 12h”, à l’image “d’une attaque qui pourrait survenir à n’importe quel moment de l’année”, nous dit-on, comme pour préciser que le contrebandier armé ou le terroriste choisit ses moments, ses moyens et son itinéraire pour tenter de s’introduire sur le territoire national depuis le Maroc. Le cap étant d’arriver à “zéro surprise” au niveau de cette frontière, la Gendarmerie nationale a alors désigné le GGF de Mekmen-Ben-Ammar comme groupement opérationnel chargé de l’exécution de cet exercice tactique tant délicat, connaissant les reliefs et la densité de la bande frontalière. Ce groupement a été renforcé par l’escadron des garde-frontières d’El-Aricha et de Aïn Sefra par toutes les unités territoriales organiques et les unités spécialisées (section de recherches et cellule de police technique) du groupement de Gendarmerie nationale de Naâma, ainsi que les moyens aériens de la Gendarmerie nationale afin de simuler une opération basée sur un travail de renseignements précis et rapide, une parfaite coordination et une intervention sans faille qui mettrait hors d’état de nuire ces groupes armés.
El-Khourchefia, le théâtre des opérations La zone d’El-Khourchefia, relevant du 7e groupement des garde-frontières, a été choisie comme le théâtre des opérations pour “préparer les unités à l’exercice des misions de lutte contre la criminalité sous toutes ses formes et le terrorisme, initier les cadres des différents niveaux hiérarchiques à l’adaptation rapide au changement de situation sur le terrain, préparer les subordonnés à la maîtrise des actes individuels du combattant, à l’exécution des ordres, et les unités à l’action cohérente basée sur la mobilité et, enfin, instaurer des bases de coordination entre tous les acteurs en charge de la lutte contre la criminalité transfrontalière”, nous précise-t-on. Et cette grande opération s’est déroulée sous l’œil vigilant du patron de la Gendarmerie nationale, le général-major Ahmed Bousteïla, le commandant du corps des GGF, Abdelghani Hamel, du colonel Menad, commandant régional de la IIe Région militaire, et des autorités locales, ainsi que l’Inspection divisionnaire des douanes de Naâma. Ici même les troupes se sont déployées, avec en appoint une hiérarchisation des tâches, une coordination de tous les services de la Gendarmerie nationale et une préparation à l’affrontement direct pour intercepter et neutraliser les contrebandiers armés, et riposter à une embuscade et la destruction d’un groupe de terroristes. Ainsi, suite aux renseignements parvenus au commandement, qui font état d’un groupe de contrebandiers armés, au nombre de dix individus, circulant à bord de quatre véhicules tout-terrain et qui envisagent d’acheminer, le jour J vers le territoire national à partir du Maroc, une quantité importante de drogue, un énorme dispositif, articulé en deux niveaux a été immédiatement mis en place. La rapidité avec laquelle la première action, définie dans le temps, et à travers le premier échelon constitué des unités territoriales et des unités garde-frontières, a permis de neutraliser ce groupe et la saisie de la marchandise prohibée. Lors de cette opération exécutée avec succès, un escadron est alors tombé dans une embuscade tendue par un groupe de terroristes qui évoluaient dans ladite zone et qui avaient des connexions avec le réseau de contrebande. C’est dire que cette manœuvre prévoyait tous les scénarios de diversion que pourraient semer les contrebandiers affiliés aux terroristes et vice-versa. C’est alors que la Gendarmerie nationale a fait appel au déploiement des moyens aériens pour détecter aussi rapidement les positions de repli du groupe terroriste qui était embusqué dans les alentours limitrophes à la première opération. L’engagement du second niveau d’intervention permettra la réduction de cette résistance et la récupération des armes. Mais ce n’est pas fini ! Une fois l’opération terminée, la Gendarmerie nationale, dans le cadre des investigations judiciaires, a engagé une cellule de police technique pour la mise en œuvre des systèmes biométrique (Afis) et balistique (Ibis) qui identifiera les empreintes digitales des personnes arrêtées et se chargera de l’étude balistique des armes récupérées sur les deux groupes. Il faut noter que les Douanes algériennes et les services de la Direction de la concurrence et des prix ont été associés à cette manœuvre pour simuler également des réflexes de coordination de la lutte contre la criminalité organisée à tous les acteurs concernés.

Tout commence aux frontières Cette manœuvre a démontré de prime abord deux choses : la Gendarmerie nationale a non seulement rajeuni ses rangs au niveau des garde-frontières en privilégiant la compétence et l’expérience du terrain dans l’encadrement des unités, mais a remis au goût du jour la nécessité de mettre le cap sur la sécurité au niveau des bandes frontalières aussi sensibles que celle qui nous sépare, ou qui nous lie, avec le royaume chérifien. Ce volet, qui relève des préoccupations de la sécurité nationale, “dont le concept reste évolutif et élastique, dépasse largement cette définition de la notion de sécurité réduite à un dispositif de garde-frontières à caractère coercitif”, nous explique-t-on encore. En mai dernier, la Gendarmerie nationale et les Douanes algériennes ont signé un accord de coopération et ont convenu de conjuguer leurs efforts pour combattre le fléau de la contrebande, le marché informel et la criminalité, de la corruption, du blanchiment d’argent et d’atteinte à l’économie nationale. Les échanges d’informations opérationnelles et l’instauration des barrages mixtes de contrôle routier “douanes-gendarmerie”, en plus des patrouilles mixtes aux frontières, ont été également mis en exergue dans cet accord entre les deux institutions militaire et paramilitaire. Sachant que notre pays dispose de 5 000 kilomètres de frontières avec plusieurs pays, tant de l’Afrique subsaharienne que du Maghreb, avec tout ce que cela suggère comme fléau et criminalité transfrontalière, la Gendarmerie nationale “a estimé impératif de renforcer le dispositif sécuritaire au niveau de nos frontières”, avec notamment le redéploiement du dispositif et le renforcement et la modernisation des moyens. Sur le plan sécuritaire, il est plus que jamais nécessaire également d’identifier les menaces potentielles, d’adapter les garde-frontières aux nouvelles formes de la criminalité transfrontalière et, enfin, les doter en équipements de surveillance appropriés.

Repères
Cliquer ici pour agrandir Cet exercice a mobilisé 300 hommes, 3 hélicoptères, 5 camions de transport de troupes et 20 voitures de gendarmes.
Cliquer ici pour agrandir Les systèmes Afis (empreintes digitales) et IBIS (étude de la ballistique) ont été expérimentés dans ces manœuvres.
Cliquer ici pour agrandir Le poste avancé d’Al-Hassiane et le site d’Eregasse, plaques tournantes de tous les trafics, ont été choisis comme terrains de combat des élites des GGF, à titre expérimental, contre l’incursion de terroristes et de narcotrafiquants sur le territoire national.
Cliquer ici pour agrandir Près de 100 stagiaires du centre d’instruction spécialisé dans les interventions rapides des GGF de Djenien Bourezg, relevant d’Al- Aricha, à 100 km de Naâma, ont exécuté des exhibitions spectaculaires dans un terrain vague et accidenté après l’exercice. Ces stagiaires sont des futures élites opérationnelles des GGF.
Cliquer ici pour agrandir Il existe 150 postes frontaliers à l’ouest du pays accessibles sur 1 540 km de pistes et de routes ouvertes pour, notamment désenclaver les villages isolés et limitrophes aux postes avancés.
Cliquer ici pour agrandir Un programme national, qui touchera l’est, mais surtout le sud de l’Algérie, sera lancé très prochainement par la Gendarmerie nationale, en collaboration avec les autorités chargées des infrastructures routières, afin d’ouvrir de nouvelles routes vers les postes frontaliers et mettre fin à l’isolement des populations.

source : Liberté

source : http://algerie.actudz.com/article2275.html