Polémique dans le secteur de l’éducation,Des lycéens accusent les profs de bâcler les cours

Samedi 21 janvier à 23:06

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La semaine dernière, les élèves des classes de terminale se sont rassemblés devant l’annexe du ministère de l’éducation nationale pour revendiquer la délimitation par le département de M. Benbouzid des cours devant être retenus pour les épreuves du baccalauréat Ils mettent en avant, pour justifier leur requête, la surcharge du programme. Mais aussi, soutiennent-ils, le fait que les cours soient dispensés d’une manière précipitée. Et, depuis, l’idée fait son chemin. Aujourd’hui, les enseignants s’en dédouanent, les syndicats acccablent l’administration alors que les parents d’élèves réclament une commission d’enquête

LES ENSEIGNEMENTS POUR UN ALLÈGEMENT DES PROGRAMMES

Les élèves des classes de terminale pointent du doigt leurs enseignants. ils leur reprochent leur façon «précipitée» de dispenser les cours. qu’en pensent les incriminés ?

Ademi-mot, ils reconnaissent ce travers tout en le justifiant. Abdellah Kasdi, enseignant à Alger, estime que les élèves n’ont pas totalement tort puisque une telle méthode existe bel et bien. Sauf que pour lui, le mal est plus profond.

«Les professeurs sont totalement dépassés d’un côté par un programme surchargé et de l’autre par un volume horaire à la fois suffoquant et inadéquat», explique-t-il. A cela, il y a lieu d’ajouter la pression «terrible» exercée par l’administration qui leur «ordonne» de finir à temps les cours, soit à la date préalablement arrêtée par le ministère de l’Education.

Ainsi, cette année, il a été décidé, selon un communiqué du département de M. Benbouzid, d’arrêter les cours aux classes de terminale le jeudi 10 mai. Selon Abdellah Kasdi, il serait impossible de terminer le programme à cette date quand «on sait que celui-ci est surchargé». Mustapha Zaïche, enseignant à Bejaia, abonde dans le même sens, soulignant que les récriminations des élèves à l’encontre du corps enseignant sont légitimes.

Toùtefois, il précise que les enseignants ont été écartés par l’administration des questions pédagogiques. C’est ainsi qu’il évoque, entre autres, la méthode d’enseignement dénommée «approche par compétences ». Pour lui, la mise en place de cette méthodologie ne s’est pas faite sans mal. En d’autres termes, «nous n’avons pas les moyens de notre politique afin de la couronner du succès voulu», soutient-il.

Bien au contraire, la situation actuelle n’est guère, selon Abdelallah Kasdi, propice pour sa mise en oeuvre : manque de moyens pédagogique, surcharge des classes dépassant pour certaines 40 élèves alors que la réussite de ce procédé recommande 20 à 25 élèves par classe, carence dans la formation des enseignants sur cette méthode… «Les revendications des élèves sont légitimes», affirme un autre enseignant.

Selon lui, deux paramètres expliquent la précipitation dans la dispense des cours. Primo, le recours des professeurs à des cours particuliers, afin de boucler les fins de mois, qui se fait souvent en détriment des cours dispensés dans les lycées. Secundo, pression de l’administration, à travers les inspecteurs qui demandent aux enseignants d’achever le programme à la date fixée.La solution pour cet enseignant réside incontestablement dans l’allègement du programme.

Il faut dire que l’allégement du programme a constitué l’une des revendications phares des syndicats autonomes. Sinon, pour lui, la décision du ministère d’arrêter pour chaque filière et pour chaque matière les seuils fixant les limites du programme destinée à l’élaboration des sujets d’examen du baccalauréat est une fausse solution. Cette démarche aura pour effet de discréditer le Bac, dit-il.

PARENTS D’ÉLÈVES: POUR UNE COMMISSION D’ENQUÊTE

Les parents d’élèves ne sont pas restés les bras croisés quant au rythme accéléré des cours. Khaled Dahleb, président de l’association des parents d’élèves précise que son association revendique rien moins que la mise en place par le ministère d’une commission d’enquête afin de faire toute la lumière sur cette pratique. Comme il a appelé à l’organisation d’une conférence nationale consacrée au programme des classes de terminale.

« Elle doit regrouper l’ensemble des acteurs du secteur à savoir, pédagogues, syndicats, associations des parents d’élèves et représentants du ministère pour dégager une formule pédagogique capable d’assurer aux élèves une meilleure assimilation des cours», estime-t-il. Toùtefois, M. Dahleb précise qu’une poignée d’enseignants seulement adopte cette méthode aux conséquences fâcheuses sur les capacités d’assimilation des lycéens.

Selon lui, la limitation des cours est une mesure à réviser et pourquoi pas à supprimer définitivement. «Les questions du Bac, estime-t-il, doivent concerner tous les programmes scolaires sans exclusion aucune». Un avis que ne partage pas forcément le président de la Fédération nationale des associations des parents d’élèves (Fnape), El-Hadj Bachir Dalalou.

Celui-ci fera savoir que la limitation des programmes est avant tout une «mesure de sécurité» à même d’aligner tous les élèves sur le même seuil en termes de cours dispensés, notamment ceux ayant connu des perturbations en raison des grèves.

Pour ce qui est du bourrage des cours, il fait savoir, sans mettre en doute les doléances exprimées récemment par des élèves, que c’est au ministère de «confirmer» ou «d’infirmer» l’existence de cette pratique et de prendre les mesures adéquates afin qu’elle soit bannie à jamais.

«Nous avons, à plusieurs reprises, interpellé les enseignants afin qu’ils cessent de recourir à la précipitation, mais en vain. Il se trouve que certains d’entre eux ignorent toujours les instructions du ministère, pourtant claires sur l’interdiction de cette méthode», tonne-t-il.

Le président de la Fnape ne veut plus entendre parler de programme surchargé, argument avancé avec acuité par les enseignants et les syndicats justifiant cette manière précipitée de dispenser les cours. Et pour cause, il indique que le programme a été bel et bien allégé tout comme d’ailleurs le volume horaire qui a subi, à ses dires, des aménagements.

SYNDICATS AUTONOMES: «C’EST LA FAUTE À L’ADMINISTRATION»

Les syndicats autonomes du secteur sont unanimes : l’administration est responsable de la manière «précipitée» avec laquelle sont dispensés les cours. Le Conseil national autonome des professeurs de l’enneigement secondaire et technique (Cnapest), estime que les professeurs font face à une pression continue de l’administration leur ordonnant de terminer à temps les cours. Autre facteur : le manque de formation des enseignants quant à l’assimilation du nouveau programme mis en place par la tutelle.

Résultat des courses : les enseignant trouvent toutes les peines de monde à répartir les cours. «A cela, il y a lieu d’ajouter la surcharge des programmes qui fait qu’il est difficile pour ne pas dire impossible d’achever le programme dans les délais déterminés initialement par le la tutelle », précise le chargé de communication du Cnapest, Messaoud Boudiba.

Meziane Meriane, coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest) estime, quant à lui, qu’il est temps pour les pédagogues de se pencher sur le programme afin de le réduire, si surcharge il y a. Comme solution, il préconise un volume horaire qui soit en parfaite adéquation avec les chapitres enseignés.

M. Meriane se veut plutôt prudent en ce qui concerne les reproches des élèves quant à la manière hâtive avec laquelle les cours sont dispensés, affirmant qu’une partie seulement des enseignants adopte cette pratique. Pour sa part, le secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA), Achour Idir, pointe du doigt l’administration qui, selon lui, exerce une pression sur les enseignants pour terminer le programme surchargé en substance.

C’est pourquoi, dira-t-il, il faut impérativement aller vers un allégement pour ne pas dire «réformer la réforme éducative». Abdelhakim Aït Hamouda, chargé de communication du Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE), indique que «la cause» défendue par les élèves est légitime. Toùtefois, le problème, selon lui, a été créé par le ministère qui a procédé, «et c’était l’erreur à ne pas commettre», l’année dernière à la limitation, sans raison valable, des cours pour les classes de terminale.

Pour lui, cette décision a eu pour effet de «motiver» cette année les élèves qui demandent à ce que la même procédure soit appliquée. La même voix souligne que seules deux matières (la philosophie et la physique) sont surchargées. Sinon, soutient-il, le reste du programme est «parfait ».

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