Neige et téléphonie mobile Baisse des températures, hausse de la consommation

Fév 24, 2012

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Les recettes des taxiphones et propriétaires de kiosques qui assurent le transfert de crédit ont sensiblement augmenté comme ils n’en ont jamais rêvé
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Le mauvais temps, les intempéries et les fortes chutes de neige qui se sont abattues sur plusieurs régions du pays ces dernières semaines ont coïncidé avec une hausse considérable de la consommation des appels téléphoniques. Les citoyens ont éprouvé un besoin pressant de se mettre en contact avec leurs parents, amis et collègues coincés dans diverses bourgades isolées par la neige. Les propriétaires des bureaux de tabac qui assurent le service de transfert de crédit témoignent de cette situation extraordinaire. « La somme de transfert de crédit que j’ai fait en dix jours dépasse de loin la moyenne de consommation en un mois dans des situations ordinaires. Les clients ne se contentaient plus de demander le transfert de 100 dinars, comme c’était de coutume, mais ils requéraient en moyenne de 500 dinars », témoigne Hamid, propriétaire d’un KMS au boulevard Amirouche (Alger-centre). « Certains citoyens achetaient carrément deux à trois cartes de 1 000 dinars, car ils craignaient une crise en la matière », souligne un vendeur dans un autre kiosque sis à la rue Hassiba Ben Bouali. « Je tentais tant bien que mal de les rassurer quant à la disponibilité et la continuité du service, mais ils ne l’entendaient pas de cette oreille », ajoute-t-il. Comme de graves pénuries ont été enregistrées en gaz butane, fruits, légumes et autres denrées alimentaires, les citoyens appréhendaient une pareille situation concernant la téléphonie. Des pics de consommation ont été atteints, les citoyens appelant constamment les leurs. « Je consommais une moyenne de 1 000 dinars par jour en appelant mes parents habitant à Aït Boumaza, village perchée en haute montagne dans la commune de Frikat [Tizi Ouzou]. Je demandais constamment leurs nouvelles, s’ils possédaient de la nourriture, si la route était ouverte… C’est la moindre chose que je pouvais faire car je ne pouvais m’y déplacer. Et dans ce genre de situations, on n’a pas le droit de compter ! », affirme Farouk, employé dans une administration centrale à Alger. Même constat chez les taxiphones, envahis exceptionnellement par des clients dont l’angoisse et la peur se lisent sur les visages. Le téléphone est leur seul recours et sert comme un véritable souffre-douleur. Les recettes des taxiphones et propriétaires de kiosques qui assurent le transfert de crédit ont sensiblement augmenté comme ils n’en ont jamais rêvé. Par ailleurs, il faudrait mettre l’accent sur la disponibilité des trois opérateurs de la téléphonie mobile qui ont convenablement accompli leur mission en cette période particulière marquée par un besoin pressant de communication.

Malheur des uns, bonheur des autres !

Dans des circonstances bien particulières, il y a toujours des personnes qui tentent de tirer profit du calvaire des autres. Comme les spéculateurs qui ont revendu la bonbonne de gaz à 2 000 dinars, voire plus, d’autres ont fait dans la revente du crédit de la téléphonie. Ayant des amis propriétaires de taxiphones ou kiosques multiservices en ville, ces habitants des villages isolés par la neige demandaient à ces derniers de leur transférer de grandes sommes qu’ils ont, eux-mêmes, transféré à des villageois incapables de se déplacer en ville avec de grandes marges de bénéfice. Dans des tribus de Kabylie et des Aurès, des citoyens pris au dépourvu ont payé 200 dinars pour le transfert de 100 dinars vers leurs téléphones, soit le double ! Et parfois plus, comme cet enseignant universitaire à Batna qui a été contraint de débourser 500 dinars pour 200 dinars de crédit. « J’avais absolument besoin de demander les nouvelles de ma famille habitant dans la localité de Michelet, à Tizi Ouzou. Moi-même j’étais incapable de me déplacer au centre-ville de Batna en raison de la coupure de la route. C’est alors un jeune qui m’a proposé ce service que j’ai accepté sans hésitation aucune », témoigne-t-il, dépité. Et ces habitants du village de Guenzet, à Sétif, qui ont payé jusqu’au triple de la valeur du crédit transféré. Dénonçant ce comportement indigne des « trabendistes de la téléphonie », nos interlocuteurs regrettent la déperdition de l’esprit de solidarité qui constituait, par le passé, l’une des valeurs de notre société.

Numéro vert 10-55 : Une moyenne de 12 000 appels par jour !

Ayant besoin d’aide et d’assistance, les habitants de nombreuses localités du pays ont fait massivement appel à la gendarmerie nationale à travers le numéro vert 10-55 qu’elle a mis à leur disposition. Le numéro vert a été sollicité à une moyenne de 12 000 fois par jour, selon le lieutenant-colonel Abdelhamid Kerroud, chargé de la communication au commandement de la gendarmerie nationale. Les appels reçus par les différentes brigades territoriales concernaient les demandes d’aide, les explications sur l’état des routes et l’intervention des services de la société nationale de gaz et d’électricité (Sonelgaz), a-t-il précisé. Lancer un appel de détresse nécessitait d’avoir un crédit dans son téléphone et cela explique également la consommation exceptionnelle en la matière. Un simple calcul donne 120 000 appels au seul 10-55 de la gendarmerie nationale durant dix jours d’intempéries. A cela s’ajoutent les appels destinés à la famille, aux proches et amis. C’est dire que la téléphonie mobile a été d’une grande utilité dans un contexte extrêmement difficile.

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