Comment la mauvaise gestion a pu gâcher les joies du développement…


Maintenant que deux tronçons importants de l’autoroute Est‑Ouest sont ouverts à la circulation, reliant en quelques heures de grandes agglomérations, on peut regretter que ce progrès prodigieux ne soit pas fêté par les Algériens comme une victoire sur la fatalité du sous-développement.

Les Algériens qui égorgeaient jadis un mouton à la moindre "dalle coulée de béton frais" chez les autoconstructeurs, ceux‑là même qui n’ont jamais lésiné sur les moyens pour manifester leur joie lors de l’achat d’un véhicule neuf par un festin où tout le voisinage était convié, ou encore ces villages aux grandes kermesses pour marquer leur électrification seraient donc devenus ingrats ou blasés au point de ne plus exprimer leur joie en ces grands moments de prospérité collective ? Pas si simple. Il faut chercher ailleurs les causes de la joie réprimée.

Si l’autoroute Est‑Ouest et ses ouvrages d’art si pratiques n’ont pas été accueillis comme il se devait, c’est que leur réalisation a été entachée de scandales qui en ont dévalué la cote de popularité. Scandales de la malfaçon et scandales de la corruption ont malheureusement pollué la réception d’infrastructures révolutionnaires. Un phénomène qui a touché bien d’autres acquis sociaux comme l’attribution de logements, aux frais de la princesse, que de silencieux acquéreurs viennent occuper presque dans la gêne tant les tensions – parfois sous formes d’émeutes – sont culpabilisantes à chaque fois que des listes de bénéficiaires sont affichées sur les panneaux des APC.

Comme une rançon de la gloire que les pouvoirs publics ne savent pas éviter à cause de la faiblesse de l’Administration bridée par les contradictions de la politique sociale.

Du coup, la cohésion recherchée à coups de milliards de dinars reste tributaire des compétences incertaines des commis de l’État coupables de transformer une zerda nationale en un vaste mouvement de frustrations et de rancune. De la plus petite générosité des collectivités locales telle ces couffins du ramadan pour les nécessiteux, l’aide octroyée pour la scolarité, la prise en charge des maladies chroniques étendue aux non affiliés à l’assurance sociale jusqu’aux millions de centimes prêtés à des jeunes entreprises insolvables du dispositif Ansej, aucune frange des gâtés de la République n’a pu renvoyer un signal de satisfaction à l’Algérie providentielle. À cause des dysfonctionnements criminels liés au favoritisme, au népotisme, aux pots-de-vin et multiples dévoiements du soutien de l’État.

Les walis, premiers responsables de la mise en œuvre de ces programmes généreux, ripostent énergiquement en relativisant les dégâts. « À peine 10 %, au plus, de tricheurs parmi les bénéficiaires » prétendent‑ils. Mais, pour le citoyen qui attend son logement depuis 15 ans, un F3 mal attribué, c’est un toit de perdu pour sa famille. Perdu avec ces gros sous détournés par un fonctionnaire du ministère des Travaux Publics…

Non, le développement d’un pays ne peut pas s’accommoder de la dilapidation, du vol caractérisé ou de l’injustice ! C’est ce qui explique peut‑être la timide réjouissance nationale quant à la finalisation de projets pourtant attendus depuis des lustres.

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