Partage illégal : le Net ne compte pour rien, ou presque

Un document de la RIAA, qui défend les intérêts de l'industrie musicale aux Etats-Unis, montre que les téléchargements illégaux ne comptent pas beaucoup dans les fichiers musicaux « impayés ».

Impayés », c’est comme ça que la RIAA, l’instance chargée de veiller aux intérêts des ayants droit et des majors de la musique, définit les fichiers obtenus illégalement.
On serait tenté de dire « téléchargés illégalement » tant on a entendu dire que le Net était un repère de pirates qui mettaient l’industrie musicale mondiale à genoux. A tel point que partout dans le monde ont fleuri des lois (Hadopi en tête) et des traités (Acta, par exemple) pour lutter contre cette tendance lourde.
La vérité est ailleurs ?

Pour autant, TorrentFreak a dévoilé un document ayant fuité de la RIAA, qui reprend les éléments de l’Annual Music Study, de NPD, restée inédite jusqu’à présent. Cette étude éclaire d’un nouveau jour le piratage et les faux procès qu’on colle sur le dos du Net.
Ainsi, parmi les fichiers musicaux piratés, en 2011, 15 % seulement ont été téléchargés par un réseau P2P (contre 21 % en 2010) et 4 % provenaient de plates-formes de type MegaUpload contre 3 % en 2010.
Résumons : 19 % de la musique piratée en provenance du Net... et 46 % issus du très classique échange de disques durs ou de la gravure de CD/DVD. Ces deux méthodes représentant respectivement 19 et 27 % de la musique piratée pour l’année 2011. Les 35 % restants du marché total de la musique sont légalement acquis : 19 % pour les achats en ligne et 16 % pour l’achat de CD.
Si on veut continuer avec des chiffres, on se rend alors compte que presque 71 % des fichiers piratés le sont sans l’aide d’Internet...

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De nouvelles questions

Autrement dit, le piratage de musique n’a pas grand-chose à voir avec Internet, mais bien avec les méthodes très traditionnelles d’échange de supports, légèrement modernisées grâce à la numérisation des fichiers. Comme le remarque TorrentFreak, le graphique ci-dessus est estampillé « confidentiel », sans doute parce que « la RIAA ne veut pas que ces informations soient rendues publiques. Ce qui est compréhensible puisque ces chiffres ne vont pas vraiment dans le sens de leur croisade contre le piratage en ligne. »
Historiquement l’industrie musicale a été la première à souffrir du piratage en ligne, avec les heures de gloire de Napster, notamment. Pour autant, à voir ces chiffres, il semble bien que les choses se soient fortement « normalisées ». Grâce à l’offre légale améliorée et abordable ? Grâce à des solutions de streaming légale ? Ou peut-être simplement, cette étude ne prend-elle pas en compte le piratage via d'autres moyens ?

En tout cas, à voir ces chiffres, on s’interroge sur la véracité de ceux mis en avant pour le piratage des films et vidéos. Et, pour pousser le doute un peu plus loin, on peut légitimement se demander pourquoi s’entêter à pousser les législateurs à créer des lois qui réduisent les libertés individuelles si le Net pèse si peu dans le piratage ?


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