Microsoft et le départ de Steven Sinofsky : le symbole d'une nouvelle ère


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Vous ne le connaissiez pas, et pourtant. Steven Sinofsky vient de quitter Microsoft, après plus de 20 ans de bons et loyaux services. Pourquoi on en parle ? Parce qu'il était le chef de la division Windows au sein du groupe de Bill Gates. Quelques jours après la sortie de Windows 8, c'est un signal particulier qui est envoyé au public. Explications avec Vincent Puren.


Dans la Silicon Valley, pôle technologique le plus compétitif de la planète, les transferts de personnalités influentes d'une entreprise à une autre sont relativement courants. À l’image du mercato footballistique, le départ de Marissa Mayer de Google vers Yahoo!, a bénéficié d’une médiatisation de masse. Une aubaine pour le "recruteur" qui ne fait pas toujours les affaires de son "prédécesseur".

Windows, un des fers de lance de Microsoft

Chaque départ est un coup dur à encaisser, surtout quand il n’est pas anticipé, puisqu’il génère quelques problèmes de réorganisation, à l’origine d’une perte de dynamisme parfois fatale, tant le secteur des nouvelles technologies évolue à une vitesse incontrôlable. Par la même occasion, les spéculations grimpent dans la profession et le cours en bourse maximise ses chances de baisser. Cet effet domino, que n’a pas connu Google après le départ de sa vice-présidente, pourrait se produire à petite échelle chez Microsoft, après le départ de Steven Sinofsky, président de la division Windows et de Windows Live.

Le titre de la firme de Redmond a perdu 4% mardi à Wall Street, quelques jours seulement après le lancement de son nouveau système d’exploitation. Malgré le bon démarrage de l’OS, écoulé à 4 millions d'exemplaires en une semaine, quelques bruits courts autour d’éventuelles failles en matière de sécurité, de plus les ventes de son terminal référent Surface ont démarré modestement. Ces facteurs ont influencé cette dégradation en bourse, mais le départ de Sinofsky qui a supervisé le lancement de Windows 8, survenu au mauvais moment, a également eu un impact. Voir partir un vétéran emblématique est toujours difficile à vivre et lorsque ce départ survient en pleine phase de lancement d’un produit jugé capital pour le bon développement de la société, cela ne peut qu’affecter les effectifs.

Le défi Windows 8

Microsoft, qui n’a jamais su s’imposer sur les marchés du smartphone et de la tablette, semble revenir en force avec un nouvel OS prometteur et en totale rupture avec la concurrence. Voir partir l’un de ses visages, par ailleurs considéré comme potentiel successeur de Steve Ballmer, a de quoi susciter de nombreuses interrogations. Le site "The Verge", révélait que pour certains salariés, ce départ n’est pas anodin et a été parfaitement programmé. Microsoft aurait attendu la mise en route de Windows 8 pour "se débarrasser" de son directeur.

Le mot est dur mais réaliste puisque l’arrivée de Julie Larson-Green, ex-directrice financière et marketing à la tête de Windows, me semble purement politique. Cette femme doit incarner le lancement d'une nouvelle génération de produits et donc d’un nouveau Windows "bien meilleur que celui de l’époque Sinofsky".

Steve Ballmer ne s’est pas exprimé à ce sujet, mais en interne, on explique que les raisons de cette démission forcée se trouvent dans l’attitude trop fermée du dirigeant, présent dans le groupe depuis 1989. Son management directif aurait occasionné quelques tensions avec son PDG et la perte du soutien des autres cadres. Personnellement, je trouve que remettre en question le fonctionnement autoritaire de Sinofsky n’est pas logique quand on sait que la division qu’il dirigeait représente 25 % du chiffre d'affaires de Microsoft.

L’ère Bill Gates, cofondateur du groupe américain, qui avait fait de Steve Sinofsky son assistant personnel, est révolue. Steve Ballmer veut montrer que malgré la toute puissance de Steve Sinofsky, c’est lui le patron, et que la nostalgie n’a pas de place au sein du nouveau Microsoft, qui n’a plus rien à voir avec celui d’il y a deux décennies.

Nouvelle ère

Place donc à une nouvelle ère, où les divisions en silo n’auront plus lieu d’être. Avec Windows 8, la société américaine parle désormais d’interface unique et développe un pont entre tous ses logiciels et services, dont la Xbox me paraît être le noyau dur. Des projets comme SmartGlass confirment d’ailleurs cette hypothèse.




Je reste quand même persuadé que l’initiateur du nouveau système d’exploitation aurait dû l’accompagner bien au-delà de la phase de lancement, d’autant plus qu’elle ne fait que commencer. Quelle légitimé a Julie Larson-Green pour justifier le positionnement de Windows 8 ? Peut-être celui d’avoir "participé" (à un degré inconnu) à l’orchestration de ce projet, certainement celui d’être plus en phase avec la stratégie de renouveau de Microsoft. D’autres diront qu’elle comblera le manque de charisme de Steve Sinofsky, pourtant très apprécié de ses équipes.

Querelles d'égo

Je ne pense pas que cette réorganisation des ressources humaines affectera particulièrement Microsoft. Le départ a été officialisé cette semaine, mais est évidemment effectif en interne depuis quelques temps.

Le consommateur n’a que faire de l’origine des créateurs de produits qu’il consomme, excepté pour quelques marques qui placent leur fondateur au coeur de leur stratégie marketing, mais ce n’est pas le cas de Microsoft. Reste maintenant à savoir si Julie Larson-Green réussira à incarner cette unité de Microsoft. En espérant pour elle que la vision en rupture de son groupe, convienne aux exigences des clients particuliers et professionnels.

Pour finir, je constate que ce problème d’ego chez certains cadres de grandes sociétés de la Silicon Valley commence à se faire sanctionner. Quelques jours avant la démission de Sinofsky, Apple avait annoncé le départ de Scott Forstall, responsable son système iOS, soit-disant trop caractériel.


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