Entretien avec l’actrice Adila Bendimerad


"Nos films ne circulent pas en Algérie"

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La jeune comédienne algérienne Adila Bendimerad vient de remporter le prix de la meilleure actrice au Festival international cinématographique du Caire pour son rôle dans le film Le Repenti. Elle a déjà été primée en Italie et en France pour ce film qui aborde la question de la décennie noire et de la concorde civile.
Quel sentiment ressentez‑vous aujourd’hui après avoir remporté le prix de la meilleure actrice au festival international du film du Caire ?

J’ai reçu trois prix d’interprétation pour Le Repenti à Angoulême, à Rome puis au Caire. À chaque fois, c’est une grande surprise suivie d’une grande joie. Mais là, c’est particulier. Le Caire est important sur le plan symbolique pour nous, les Algériens. Le Caire a été la capitale du cinéma arabe pendant un moment. C’était donc un vrai plaisir et un vrai bonheur de recevoir ce prix.


Est-ce que le succès du Repenti était prévisible, selon vous ?

Bien sûr que non. Lorsqu’on tourne un film, on est concentré sur le travail, sur l’histoire qu’on raconte, et sur la manière dont on la raconte. À Cannes, lorsque la première projection s'est terminée, moi je voyais encore le film avec les souvenirs du tournage. Mais soudain, le public s'est mis à applaudir, ça a duré longtemps. Il nous a fait une ovation incroyable. J’ai dit au directeur de la quinzaine que c'est une belle tradition que de faire une telle ovation à une équipe de film. Il m’a répondu : « Non ce n’est pas une tradition. Ça fait cinq ans que je n’ai pas vu ça à la quinzaine. Vous savez Adila, ça veut juste dire qu’ils ont aimé ». J’étais surprise, étonnée et très émue. J’ai compris aussi qu’on ne pouvait pas prévoir quel serait le destin d’un film au moment où il rencontrerait son public.


Sachant que le sujet abordé dans ce film est très sensible, avez‑vous eu des appréhensions lorsque vous avez accepté d’y jouer ?

La seule chose que j’appréhendais était de ne pas être à la hauteur. Le Repenti est un film très difficile pour les acteurs et le réalisateur. Il nous ramène à des souvenirs assez douloureux. C’est un film très dur sur le plan émotionnel. Pour les comédiens, c’était une épreuve très difficile. On était donc très concentrés et pendant très longtemps. Il n’y a pas eu un moment de relâche pendant le tournage.


On parle aujourd’hui d’un cinéma jeune en Algérie…

J’y crois beaucoup. Il y a de jeunes cinéastes algériens qui travaillent et dont les films sont récompensés à l’étranger. Mais ils demeurent inconnus dans leur pays et ne sont toujours pas soutenus. Il faudrait que l’Algérie diffuse nos films. Sinon, comment voulez‑vous que les gens sachent qu’il y a vraiment un cinéma algérien ? Trois jeunes réalisateurs m’ont fait des propositions très intéressantes et surtout innovantes. J’espère tourner avec ces jeunes en qui je crois énormément. Cela me passionne.


Quels sont les problèmes que rencontre actuellement le cinéma en Algérie ?

Les problèmes que rencontre le cinéma algérien sont multiples. Mais pour moi, le problème majeur est un problème de connexion. Je m’explique. Nos films ne circulent pas en Algérie. Ils ne sont pas connectés à leur pays d’origine, ni au public algérien. Ce dernier ne voit pas ses films. Ce qui est aberrant ! Car beaucoup de salles sont encore fermées. Celles qui sont restées ouvertes fonctionnent mal. Le métier de distributeur n’existe pas vraiment. Il y a aussi le fait que beaucoup de films attendent des visas d'exploitation pour pouvoir sortir.

Quelques films algériens, notamment ceux de jeunes réalisateurs, ont voyagé dans les festivals et ont été primés. Mais on n’en a trop peu parlé dans la presse. D'ailleurs, lorsque nous avons été sélectionnés à Cannes, la presse écrite algérienne n’en a parlé qu’une semaine après. Alors que chaque pays ayant un film à Cannes s'en vante et en parle dans sa presse. Mais j’espère que ça va bouger. Plus les cinéastes algériens feront des films, plus les œuvres se multiplieront, plus on s’y intéressera. Là, on se connectera tous ensemble. Et notre cinéma y gagnera.


Le ministère de la Culture fait-il quelque chose, selon vous, pour faire avancer les choses dans ce domaine ?

Je pense qu’il y a une réflexion au niveau du ministère de la Culture. Il n’y a aucune raison pour qu’il boude le cinéma algérien. Mais on verra l’année prochaine, beaucoup de jeunes vont arriver avec des projets très profonds, on va voir comment le ministère va réagir.


Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez actuellement ?

On ne peut pas vraiment en parler pour l’instant. Mais je travaille actuellement sur trois projets.

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