Mohcine Belabbas, président du RCD à DNA : « Pourquoi il faut destituer légalement Bo^^^^^ika »


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Restituer le sigle FLN au peuple algérien, prononcer la destitution du président Abdelaziz Bo^^^^^ika, 76 ans, réélu en avril 2009 pour un quatrième mandat, pour vacance du pouvoir et dissoudre la police politique, voilà trois propositions choc que met en avant le président du RCD dans cet entretien accordé samedi 15 décembre à DNA. Ancien député d’Alger, Mohcine Belabbas a été élu président du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) en mars 2012, succédant ainsi à son fondateur Said Sadi.
DNA : Le RCD a appelé ce week-end à la destitution du président Bo^^^^^ika. Pourquoi?

Mohcine Belabbas : Dans notre analyse de la situation politique au lendemain du scrutin pour le renouvellement des assemblées locales nous avons conclu qu’il y a trois verrous majeurs qu’il faudra impérativement faire sauter si on veut sauver le pays. Nous avons estimé que la restitution du sigle FLN (Front de libération nationale) au peuple algérien est une condition nécessaire pour prétendre à une compétition équitable et loyale entre les différents acteurs politiques.

Quel est le deuxième verrou ?
La dissolution de la police politique, comme c’est le cas en Tunisie, est un autre préalable pour rompre avec les décisions qui se prennent dans l’ombre et venir à bout des pressions et répressions qui s’abattent sur la classe politique et la société civile.

Et la destitution de Bo^^^^^ika…
La destitution de l’actuel chef de l’Etat qui est réduit à gérer la dépense publique est motivée par notre souci de mettre fin à une situation de vacance de pouvoir à ce niveau de responsabilités depuis 2006. Cette situation rend la crise institutionnelle et politique dans laquelle se débat notre pays intenable voire fatale pour la cohésion nationale à terme.

Comment concevez-vous cette destitution? Pour raison médicale? Demander à l'armée d'intervenir?
Il s’agit plutôt de faire en sorte que l’armée n’intervienne pas. Le pays souffre déjà beaucoup de l’intervention de ce corps dans les affaires politiques. Son instrumentalisation durant les dernières élections à travers le vote massif, orienté et groupé de ses éléments pour les partis du régime a failli dégénérer en affrontement avec les populations dans beaucoup de communes comme Haizer à Bouira et Bousfer à Oran. Pour nous, les militaires doivent voter dans leurs communes d’origine si on veut sauvegarder son statut d’armée populaire.

Donc la destitution…
La destitution dont on parle est une déposition prévue par une disposition de la constitution algérienne. En effet, l’article 88 de la première loi du pays stipule que lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, ne peut exercer ses fonctions, l’empêchement doit être déclaré. Cette incapacité s’est vérifiée à maintes reprises. La dernière étant dans le retard qui continue de s’accumuler pour l’ouverture de l’année judiciaire. Il s’agit donc d’invoquer son Etat de santé et d’appliquer les lois de la république.

Les élections présidentielles sont prévues en avril 2014 - sauf si Bo^^^^^ika est destitué comme vous le demandez- le RCD présentera-t-il un candidat? Ambitionnez-vous d'être candidat?
Pour le moment, il s’agit pour nous de sensibiliser et de mobiliser pour construire le rapport de force nécessaire à même de remettre en perspective la reconstruction nationale. En plus des trois éléments que nous avons abordés dans la première question, il y a la révision promise de la constitution qui attend depuis bientôt deux années. Cette révision doit consacrer une réelle séparation des pouvoirs et par conséquent la consécration de l’Etat de droit tant attendu par le citoyen algérien depuis 1962. Vous comprendrez que le RCD a comme tradition de se prononcer sur les différentes échéances en leurs temps après débat et délibération de son conseil national.

Comment expliquez-vous qu'avec tous les arsenaux juridiques et les organismes mis en place pour lutter contre la corruption, des ministres anciens ou actuels continuent d'échapper à la justice.
Ces arsenaux juridiques et autres organismes de tout genre sont mis en place dans des moments de grands scandales pour faire croire qu’il y a une volonté politique pour lutter contre ce fléau endémique. Dans les faits, le régime a fait de la corruption une stratégie pour la gouvernance. Il n y a que les personnes corrompues qui sont promues et cela à tous les échelons de la hiérarchie. Cette pollution de la vie publique participe d’une volonté d’établir une gestion maffieuse où personne dans le pouvoir ne peut condamner ou dénoncer dès lors que tous sont impliqués à un niveau ou un autre. C’est pour cela que j’ai dit dans mon introduction aux travaux du conseil national de notre parti que le renvoi des ministres en question du gouvernement est la première étape pour que la lutte contre la corruption ne reste pas un slogan vide.

Le RCD a boycotté les législatives de mai 2012 mais a participé aux élections locales de novembre pourtant deux scrutins organisé par le même pouvoir. Comment expliquez cette contradiction? Le pouvoir local est-il plus important que le pouvoir national?
Nous avons expliqué qu’envoyer dans la conjoncture nationale et internationale présentes à l’assemblée un député revient à compter un prédateur de plus dans une institution servant d’alibi à des décideurs occultes qui ont confisqué tous les pouvoirs. En effet, participer à l’élection du 10 mai revenait à contribuer à la prolongation du sursis d’un régime condamné par son bilan et le cours de l’Histoire. C’est parce que nous avons expérimenter l’impossibilité d’ouvrir des débats dans cette institution où le pouvoir viole ses propres règles que nous avons refusé de siéger dans une enceinte parlementaire conçue pour faire diversion et tromper le peuple.

Mais vous participez aux élections locales…
Les APC et APW sont quant à elles des instances de proximités qui peuvent assurer protection et sécurité aux citoyens dans la mesure où ils peuvent y peser directement s’ils sont dignement représentés. Le RCD a démontré partout où il a eu des majorités dans les APC que malgré le manque de moyens et les faibles prérogatives des élus, il est possible de réaliser des projets et d’introduire de nouvelles pratiques dans la gestion.
Nous avons aussi prouvé à travers notre gestion qu’une une municipalité assistée, suivie et contrôlée par un parti politique soucieux de transparence et de justice donne des résultats attestant que la corruption généralisée, organisée et encouragée par le pouvoir, n’est pas une fatalité.