Azouaou Mehmel. PDG d’Algérie Télécom : «Le haut débit doit devenir une obligation»


Cliquer ici pour agrandir


connaissance du contenu de ce texte ? Cela signifie-t-il que le monopole d’Algérie Télécom va disparaître ?

Nous attendons de prendre connaissance du contenu du nouveau texte approuvé par le Conseil des ministres pour nous prononcer. Pour ce qui est du monopole, je ne sais pas si nous pouvons encore le nommer ainsi en présence de fournisseurs d’accès privés qui offrent des services internet sans fil depuis quelques années. C’est vrai que pour le segment ADSL, nous sommes aujourd’hui la seule entreprise sur le marché après l’arrêt de l’opérateur Eepad. Le service ADSL utilise la boucle locale qui est, pour une grande partie, inadaptée car conçue et déployée initialement pour offrir de la voix uniquement. Algérie Télécom s’est engagée à mettre à niveau cette couche de réseaux par la suppression des câbles de transport et l’assainissement de la partie distribution. Ce sont des actions qui nécessitent de lourds investissements, qui n’attirent pas les opérateurs alternatifs.
Pour preuve, l’expérience d’ouverture à la concurrence du segment fixe n’a pas abouti. Pour ce qui est de l’ouverture annoncée pour l’ADSL comme du lancement de la 3G, nous nous y préparons, même si la 3G ne concerne que les opérateurs mobiles, bien qu’elle ne manquera pas d’entrer en concurrence avec nos offres internet. Cela souligné, il convient de signaler qu’Algérie Télécom est partie prenante de ce redéploiement puisqu’il est question de l’obtention d’une autorisation d’exploiter le haut débit sans fil de type LTE, qui se rapproche de la 4G en mode fixe. Donc c’est à nous de nous adapter pour déployer un réseau de type LTE qui offre pour le fixe des débits plus importants que ceux proposés par la 3G pour le mobile.

-Que fait Algérie Télécom pour être prête au moment du lancement de la 4G ?

Nous sommes en train de nous préparer, de mettre en forme nos cahiers des charges en vue du lancement des appels d’offres. Une filiale d’Algérie Télécom s’occupera de la partie déploiement et exploitation technique de l’infrastructure. Nous mettrons tout en œuvre pour déployer ce nouveau service dès que les pouvoirs publics annonceront les échéances de sa mise en route effective.

-Comment va se traduire, selon vous, le dégroupage annoncé ? Les opérateurs vont-ils être obligés de consentir des investissements ?

Nous ne sommes pas au fait du contenu de toutes les dispositions du nouveau texte de loi, mais en principe, la notion de dégroupage dans les réseaux filaires suppose une connexion physique et, dans ce domaine, l’usage et les règles économiques ne plaident pas pour que chaque opérateur déploie son propre réseau vers tous les abonnés. C’est anti-économique. Il y a un réseau d’accès disponible dans le dégroupage et il faut voir comment donner la possibilité aux autres opérateurs d’offrir les mêmes services.
Maintenant, il s’agit de savoir où va intervenir l’opérateur alternatif. Sera-t-il un fournisseur de contenus uniquement ou un fournisseur de services et d’accès ? En tout état de cause, nous ne pouvons pas être contre l’ouverture. Il ne faudrait pas que la situation de monopole laisse le client à la merci d’un seul opérateur, même si c’est Algérie Télécom.
Je suis contre la situation actuelle et il faudrait que les choses s’améliorent. Nous sommes en train de faire notre possible pour améliorer les choses et si, demain, il y a des concurrents sur le marché, eh bien tant mieux.

-Vous êtes donc clairement pour la concurrence dans votre segment…

Je me mets à la place du client, je fais tout pour que l’entreprise que je dirige soit efficace et efficiente. Le monopole ne doit plus être imposé de fait. S’il doit se faire, ce sera par le biais de la concurrence et c’est le client satisfait de nos services qui nous donnera ce rôle. Il faudrait qu’Algérie Télécom s’adapte, qu’elle change et devienne un opérateur commercial qui mette en avant d’abord la satisfaction du client, qu’elle soit à son écoute et travaille à sa satisfaction avant toute autre considération. Il y a, à Algérie Télécom, des insuffisances dues à l’accumulation de beaucoup de facteurs. Pour autant, nous nous efforçons de corriger cela progressivement. Nous sommes en train de tout faire pour être à l’écoute des clients et pour améliorer la qualité de service.

-Justement, qu’est-ce qui est fait dans ce domaine pour changer les choses et donner à Algérie Télécom une vraie dimension d’entreprise commerciale ?

Nous avons accusé un retard dans le domaine des infrastructures. Nous n’avons pas investi comme devrait le faire une entreprise de télécommunications. Aujourd’hui, nous assurons le service ADSL mais sur un réseau déployé en grande partie dans les années 1980 et 1990, un réseau initialement destiné à la seule téléphonie. Nous avons un réseau obsolète qu’il faudra changer à un moment où l’architecture elle même est dépassée. Nous avons vu ce qui s’est passé à la Grande-Poste avec l’incendie qui s’est déclaré dans la galerie souterraine… Ce sont des risques inhérents au fait d’avoir un central téléphonique qui concentre tous les supports. C’est pour cette raison que nous voulons déployer une architecture qui ne concentre plus les fonctions du réseau au même endroit. Nous voulons nous rapprocher du client pour lui offrir une meilleure qualité de service. Une fois que nous aurons une bonne infrastructure, avec une offre de service de qualité, il nous faudra opter pour une nouvelle approche commerciale, seule en mesure de faire disparaître les réflexes inhibiteurs hérités du statut administratif d’antan.

-Après l’incendie de la Grande-Poste, le second après celui de 2007, quels changements sont en vue pour désencombrer ce site qui est arrivé à saturation ?

Nous avons déjà construit des petits centraux là où c’était possible, mais pour Alger-Centre, tout reste concentré à la Grande-Poste. C’est un quartier dense sur le plan résidentiel et corporate. Après le premier incident de 2007, une réflexion a été lancée pour éviter ce genre d’incident et réduire la convergence de tous les supports télécoms vers ce site. La décision a été prise de lancer, en 2010, des opérations d’acquisition d’équipements. Nous les réceptionnons depuis 2011. Ce qui nous a permis, à Alger, de lancer progressivement la modernisation des centraux téléphoniques. Cependant, la rareté des sites pour l’installation des équipements a ralenti considérablement la progression du processus. Surtout que nous avons opté pour une technologie de proximité, à même de proposer des services de qualité et de réduire drastiquement les câbles et les supports en cuivre qui convergent tous vers un site particulièrement centralisé.

-Quels sont les sites choisis pour les nouveaux centraux ?

Alors que les travaux de la Grande-Poste ont été déjà entamés pour être achevés à la mi-janvier, ceux prévus sur les hauteurs de la rue Didouche Mourad et de la place Audin commenceront incessamment. Des sites ont été débloqués notamment après le dernier incident survenu à la Grande-Poste et on a commencé, avec l’aide des autorités locales et de la wilaya, à installer les nouveaux équipements. On équipera incessamment un site sur les hauteurs de Didouche Mourad et un autre place Audin pour réduire la charge sur la Grande-Poste. Il y aura des équipements beaucoup plus légers en termes d’occupation d’espace, d’encombrement et de consommation d’énergie et en termes de supports et de câbles qui seront moins lourds et moins denses. En plus du central de la Grande-Poste, d’autres centraux, à Alger, doivent être remplacés progressivement comme ceux de Kouba, d’El Biar, de Bab El Oued, de Bir Mourad Raïs, de Hydra, soit tous les grands centraux téléphoniques d’Alger.

-Quelles sont les échéances de cette phase d’urgence ?

Les travaux pour le site se trouvant sur les hauteurs de Didouche Mourad vont commencer incessamment ainsi que pour celui de la place Audin. En tout état de cause, cette première phase s’achèvera à la fin du premier trimestre 2013. Nous allons installer environ 94 équipements. Nous allons tout mettre en place durant les trois mois à venir. Nous avons pour cela les équipements nécessaires. L’action de modernisation va ensuite se poursuivre et s’étaler sur l’année 2013- 2014 à l’échelle nationale pour remplacer tous les centraux et revoir les réseaux de distribution.

-La densification de la fibre optique est un autre volet important qui pourrait donner de l’élan à Algérie Télécom. Qu’est-ce qui est fait dans ce domaine ? Disposez-vous des budgets nécessaires ?

Nous comptons effectivement densifier la fibre optique. Il y a des segments que nous allons réaliser sur fonds propres, mais pour d’autres, nous avons besoin de financements publics et d’aides, surtout qu’actuellement nous sommes en train d’offrir le service universel sans contrepartie car il y a des régions enclavées où nous offrons des services de base, sans rentabilité aucune. Les nouveau centraux permettront d’utiliser la fibre optique en supprimant les gros câbles et en utilisant de nouvelles technologies qui nous permettront de faire arriver la fibre optique au plus prés des abonnés. Il y a par ailleurs des clients pour lesquels nous allons déployer de la fibre optique à domicile. Des projets sont en cours pour certains quartiers, telles la cité des Bananiers à Alger, une cité à Médéa et une autre à Hadjout, dans la wilaya de Tipasa.
A terme, notre vision est que chaque habitation, chaque local à usage professionnel ou administratif doit comporter une connexion au même titre qu’une prise électrique ou un robinet d’eau ou de gaz. Le haut débit doit devenir une obligation, on ne peut plus attendre qu’un client vienne demander une connexion pour installer les câblages. L’infrastructure doit être réalisée en amont. Il y a même un projet de texte pour précâbler les nouvelles constructions. Nous verrons avec les promoteurs comment inclure un câblage internet préalable, au même titre que le câblage électrique. Ceci facilitera le travail d’Algérie Télécom pour offrir le service haut débit.

-Pour donner à Algérie Télécom une dimension commerciale, un plan de formation du personnel est-il envisagé ?

Nous y travaillons déjà depuis longtemps. Il y a un plan de formation en interne, mais aussi en externe, qui touchera tout le personnel de l’entreprise, de l’encadrement jusqu’au dernier des agents. Notre objectif est de faire comprendre aujourd’hui à toute la ressource humaine d’Algérie Télécom qu’elle travaille pour une entreprise qui a un caractère commercial. Avant d’être un opérateur de réseau ou autre, nous devons être performants sur le plan commercial parce que nous avons affaire à des clients, pas à de simples usagers. Il faut que tous les travailleurs d’Algérie Télécom intègrent ces notions et les appliquent. Nous y veillerons.
Pour être à l’écoute des clients et répondre à leurs attentes, nous mettrons tout en œuvre. Je me place personnellement du côté du client avant d’être du côté d’Algérie Télécom. Pour répondre aux attentes exprimées par la clientèle, nous avons par exemple mis en ligne un espace clients, une sorte de registre de doléances en ligne ; il y a un suivi au niveau de la direction générale mais aussi au niveau national. Personnellement, je me charge des cas les plus injustes. J’ai eu à intervenir en répondant à des courriers de clients mécontents et je compte prendre des sanctions lorsque les fautes du personnel, quel que soit leur grade, sont avérées. Pour la satisfaction de la clientèle, les centres d’appel fonctionnent 7 jours sur 7 jusqu’à minuit ; le 12 dédié aux dérangements leur est raccordé alors que l’abonné peut s’acquitter de ses redevances téléphoniques et ADSL auprès des bureaux de poste de Ben Aknoun, Hassiba Ben Bouali, Draria, Bab Ezzouar et Birtouta. Ceci à titre expérimental, avant que cette option ne soit généralisée à l’échelle
nationale.

Source