La presse électronique en Algérie est-elle menacée de disparition ?


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La presse électronique en Algérie est en danger. Les sites d’information en continu manquent cruellement de recettes publicitaires et rien n’est encore fait pour améliorer leur situation financière. Populaires et largement consultés par les internautes, ces sites d’information ont gagné des pans entiers du lectorat grâce à leur travail de recherches, leur réactivité et leur crédibilité également. Mais cela suffit-il pour que ces médias puissent prospérer ? Malheureusement, non...

En effet, les médias électroniques souffrent le martyre et n’arrivent pas à se développer convenablement, faute de recettes publicitaires. Ils sont même menacés de disparition. Preuve en est, le site Dernières Nouvelles d’Algérie a tiré sa révérence. En effet, ce site d’information a dit adieux à ses lecteurs pour la simple raison que les annonceurs ont refusé de traiter avec lui.
« DNA s’arrête alors que le site réalise aujourd’hui une moyenne de 500 000 visites par mois. Depuis son lancement en juin 2010, le site a totalisé 8 millions de visites, 20 millions de pages vues et une durée moyenne de temps par visite de 5 minutes et 20 secondes. La page Facebook de DNA compte 22 980 fans et notre compte Twitter est suivi par 9 042 followers », a expliqué à ce sujet Farid Alilat, le fondateur et gérant de ce site d’information.

Des sites populaires, mais boudés par les annonceurs

Ce sont les annonceurs qui ont rechigné à placer leurs campagnes publicitaires sur ce site. « Depuis le lancement de DNA, seulement trois entreprises, la compagnie aérienne Aigle Azur, l’entreprise de carton ondulé General Emballage et l’opérateur téléphonique Nedjma, nous ont fait confiance en décidant d’établir un partenariat avec DNA. Nous les en remercions. Les autres annonceurs qui s’affichent dans les médias algériens n’ont pas souhaité nous accompagner dans cette aventure. Bien que nous les ayons contactés et relancés à maintes reprises, ils n’ont pas donné suite à nos sollicitations », a dévoilé encore Farid Alilat.
Dans ce contexte, il est devenu impossible de poursuivre l’aventure pour DNA qui a cessé de paraître sur la Toile. Une Toile désormais triste car d’autres sites d’information sont aussi menacés à cause de cette sécheresse publicitaire. Et pourtant, la situation actuelle demeure étrange surtout lorsque l’on sait qu’une forte progression du nombre d’annonceurs sur Internet a été enregistrée ces trois dernières années.
La régie publicitaire Med&Com, une agence de communication spécialisée en e-marketing, a recensé en 2011 près de 239 annonceurs pour 443 campagnes, soit une augmentation de 11% par rapport à 2010 et plus de 89% par rapport à l’année 2009 qui comptait 126 annonceurs pour 215 campagnes.

Un autre chiffre a été révélé pour témoigner de la percée de la publicité sur Internet : 315 millions de dinars ont été dépensés par quelques dizaines d’annonceurs pour l’année 2011. C’est dire que la manne publicitaire existe bel et bien. Et même en 2012, cette évolution s’est poursuivie selon Nassim Lounes, Général Manager de Med&Com.
Sauf que les investissements publicitaires ne profitent pas réellement aux sites d’information en continu, mais surtout aux plus grands quotidiens nationaux algériens qui disposent aussi de sites internet très bien consultés, analyse notre interlocuteur. Et même si ces sites de presse font rarement dans l’information en continu, il n’en demeure pas moins qu’ils attirent la plus grande part du gâteau publicitaire.

Un gâteau publicitaire injustement réparti

Face à une telle situation, Tout sur l’Algérie, NessNews, Algérie1, Algérie Patriotique, Algérie Focus et Maghreb Emergent, ces médias électroniques ne bénéficient que d’une petite partie des revenus publicitaires et se retrouvent obligés à nager à contre-courant au moment où ils demeurent les principaux acteurs de l’information sur le Web avec leur travail qui ne s’arrête ni le jour ni la nuit. Ces sites, peu importe leur popularité, n’arrivent pas à sortir la tête de l’eau.
Certes, la situation diverge d’un média à un autre, mais globalement ce que rapporte l’édition papier d’un quotidien en une semaine dépasse quasiment les revenus publicitaires annuelles d’un média électronique.

Le marché publicitaire en Algérie accuse donc un grave dysfonctionnement et si l’Etat n’intervient pas pour le réguler, toute la presse électronique est menacée de disparition en mettant la clé sous le paillasson. Pour éviter un tel scénario, la balle est dans le camp de l’Etat qui pourrait intervenir en régulant les tarifs publicitaires et en accordant des aides financières aux journaux en ligne, comme cela se fait ailleurs dans le monde.
Des fonds existent dans ce sens, à l’instar du programme «e-Algérie», mais leur utilisation sur tout le terrain fait défaut. Pourquoi ne pas imaginer aussi un quota publicitaire accordé par l’ANEP aux sites d’informations comme cela se fait avec les quotidiens nationaux? Il est tout à fait imaginable de mettre ce dispositif sur la Toile. Il suffit juste d’avoir la volonté politique pour le faire...

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