Le lancement de la 3G otage de l’improvisation


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Tandis que la téléphonie mobile de 3e génération fait polémique, certains experts remettent en cause l’opportunité même de lancer cette technologie au moment ou la 4G serait plus indiquée.

Au Maroc, la 3G a été lancé en 2007. Elle compte aujourd’hui plus de 3,2 millions d’abonnés et représente plus de 80% des abonnements Internet. Dans le monde, une étude a chiffré le nombre d’utilisateurs des technologies 3G/4G à 1,6 milliard au troisième trimestre 2012. Pendant ce temps, l’Algérie attend le règlement du dossier Djezzy pour lancer la 3G, ce qui relève de «l’aberration», estime Younes Grar, expert en TIC. D’abord parce que le gouvernement «veut que les trois opérateurs démarrent sur la même base, alors qu’il peut décider de n’octroyer qu’une seule licence au lieu de trois». Ensuite, «l’octroi de la licence sera soumis à un cahier des charges et à des conditions et rien ne dit que Djezzy pourra y répondre. Ce n’est donc pas logique de l’attendre». Enfin, «si Djezzy obtient cette licence, il n’est pas dit que ses 16 millions d’abonnés pourront bénéficier de la 3G d’un coup. Il est possible qu’il ne cible qu’une partie d’entre eux la première année car il ne peut pas installer dés le départ un réseau qui puisse absorber 16 millions de clients. Il doit procéder par étapes».


Intérêts occultes

Pourquoi donc prétexter Djezzy pour bloquer le lancement de la 3G, alors que les deux dossiers «traînent depuis 3 ans ?», note un autre consultant en TIC pour qui les dossiers «sont relativement indépendants». Pour ce dernier «rien sinon l’incompétence et l’improvisation qui en découle ne peuvent expliquer de tels délais». Le constat est qu’il «n’y a aucune cohérence ou logique dans les décisions prises par l’Autorité ou le ministère pour la simple raison qu’aucune stratégie, aucun objectif d’envergure nationale, aucun plan d’action (stratégique ou opérationnel) et aucun programme et donc a fortiori aucun indicateur permettant d’assurer le suivi des actions n’est défini ou mis en place par ces institutions». En l’absence d’arguments convaincants, la porte est ouverte à toute sorte de spéculations.
«Dans une telle situation les intérêts divers et occultes ne peuvent que foisonner, et embrouiller du même coup davantage la donne», souligne notre interlocuteur.

M. Grar parle de son côté de «lobbying qui est fait par certaines parties qui voudraient prendre des parts dans un opérateur», d’où le blocage. Car le gouvernement n’a aucune raison valable. S’il avait peur de la circulation de l’information «il doit bloquer même l’Internet. On n’a pas besoin de la 3G pour que les gens s’expriment librement et contre le pouvoir. Ce n’est pas non plus l’aspect sécuritaire puisque des attentats terroristes ont été commis par téléphone mobile et sans 3G. Et ce n’est pas non plus un problème de contenu». Selon lui, le dossier de la 3G «n’a pas été traité avec courage et transparence et personne ne sait pourquoi».

Choix contesté

Quelles que soient les motivations, la démarche du gouvernement témoignerait d’une certaine «improvisation en matière de choix technologique», nous dit un autre expert qui en veut pour preuve une étude réalisée en 2011 sur l’opportunité du lancement de la 3G ou de la génération suivante, la 4G. «Ni le MPTIC ni l’ARPT ne disposent à ce jour d’arguments, ou d’études qui plaident en faveur de la 3G ou… contre la 4G/LTE (Long Term Evolution)», soutient-il, car la seule étude qui existe conforterait plutôt la thèse de la 4G, estime-t-il.
L’étude en question aurait conclu que «si l’on se place dans des perspectives d’intérêt général de développement et non dans des perspectives particulières de développement (intérêts défendus par les opérateurs présents sur le marché et les autres acteurs au service de ces derniers) alors c’est incontestablement le choix de la 4G/LTE qui s’impose». Le fait est que «la 4G inclut la 3G, mais la 3G n’inclut absolument pas la 4G».

Ainsi, un choix 3G qui «ne tient pas compte des perspective 4G pourrait empêcher un déploiement massif de la 4G (problème de disponibilité des fréquences, notamment)», indique la même source. Elle précise que «le Président lui -même avait exigé du ministre de réaliser une telle étude» qui était «claire en matière de coût d’infrastructures, de terminaux, et de services… et en totale contradiction avec les annonces faites en la matière par le MPTIC». Au lieu de conditionner le dossier 3G/4G/LTE à la résolution de celui de Djezzy, le MPTIC «gagnerait à concentrer les efforts sur la résolution du problème ‘‘technique’’ de la 3G/4G/LTE qui relève de ses compétences», soutient la même source. Le nombre d’abonnées à la 4G s’élevait à 9,3 millions dans le monde fin 2011 et plus de 27 millions en 2012 dont la moitié en Amérique du Nord, selon l’institut IDATE. Il devrait atteindre plus de 900 millions en 2016.


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