Des entreprises au service de la Méditerranée, par Issad Rebrab

Par le figaro le 17/07/2008 à 11:03

La France préside l'Union européenne et vient d'accueillir le premier sommet de l'Union pour la Méditerranée. À nos yeux, il s'agit là d'un événement très important pour les entreprises qui veulent se mobiliser pour faire de la Méditerranée une région économique intégrée et performante.

Plusieurs raisons plaident en faveur de la «région» Méditerranée. Les complémentarités ne sont plus à démontrer. En Méditerranée comme en Asie orientale ou en Amérique du Nord, les logiques du marché sont à l'œuvre : pour les pays du Nord, qui possèdent les technologies, le savoir-faire, l'appareil de recherche, les pays de leur voisinage au sud représentent un immense «réservoir» de consommateurs, de partenaires, de clients, de collaborateurs aussi, et donc, finalement de croissance.

De part et d'autre de la Méditerranée, les esprits sont prêts à un partenariat ambitieux, à l'essor de filières industrielles et technologiques dans les pays du Sud qui ne sauraient être voués à des activités de second rang. S'ils envisagent d'intensifier leurs échanges avec la Chine, l'Inde ou les États-Unis, ces pays de la rive sud mesurent les avantages économiques et politiques de la proximité géographique, historique et culturelle. Ils savent aussi que la flambée du prix du pétrole risque de renchérir le commerce à très grande distance et au contraire de renforcer l'intérêt d'un système productif régional intégré.

Une autre raison est que les entreprises des deux rives parlent désormais un même langage, celui de l'économie, celui des ingénieurs, des banquiers, des hommes d'affaires, des commerçants. De la même façon que l'Europe s'est constituée par l'économie (le marché commun, la politique agricole commune, l'euro), la Méditerranée s'intégrera par les projets économiques. Depuis 2004, les relations croissantes entre entreprises et milieux professionnels de toute la Méditerranée, montrent que l'économie est un puissant facteur de rapprochement des peuples. Les entreprises peuvent apporter une réponse à des besoins immenses, en portant des projets concrets.

Une autre raison enfin tient à la nécessité de réguler la mondialisation et ses dérèglements financiers, agroalimentaires ou énergétiques. Cette régulation doit être globale, mais tout ne peut pas se faire à cette échelle. Les accords régionaux sont une voie pragmatique indispensable pour fixer de nouvelles règles du jeu. Nos entreprises connaissent bien, quant à elles, les relations transnationales puisqu'elles les pratiquent tous les jours.

Aussi nous pensons que les entreprises peuvent aider les institutions à réussir l'Union pour la Méditerranée.

Nous proposons une réponse, dont l'exemple vient d'Amérique du Nord. Dans cette partie du monde, dix grandes entreprises du Canada, dix autres des États-Unis et dix du Mexique se sont constituées en North American Competitiveness Council pour mener des travaux d'intérêt général pour la région, faire des recommandations aux chefs d'État des trois pays, et concevoir, ensemble, des projets communs. Nous voulons nous inspirer de ce modèle, à travers la Fondation pour le monde méditerranéen.

Cette Fondation proposera des projets et des expertises ; elle fera le lien avec les décideurs politiques et, enfin, fonction essentielle pour préparer l'avenir, elle facilitera un peu plus encore le brassage des élites (entrepreneurs, chercheurs, experts). Nous avons la conviction que les liens interpersonnels établissent la confiance qui permet à son tour de faire émerger les coopérations de demain par-delà les rives de la Méditerranée.

Réunies le 7 juillet à Paris, nos entreprises, 15 du Nord, 15 du Sud, demain davantage, se sont constituées en Conseil et ont adopté une déclaration de soutien à l'Union pour la Méditerranée. Cet outil sera l'interlocuteur des institutions que décideront de mettre en place les hauts dirigeants réunis à Paris. Cet outil favorisera les contacts entre les entreprises, accélérera les échanges entre les élites de pays méditerranéens, mettra ses réseaux d'affaires en contact avec les experts et les décideurs politiques.

La portée politique du sommet de Paris du 13 juillet ne sera sans doute appréciée que dans la durée. En tout état de cause, ce sommet marquera le début d'un long travail auquel nous entendons apporter notre pierre, en œuvrant, dans la durée, sur les sujets structurants pour l'intégration régionale.

source : http://www.toutsurlalgerie.com/alger...brab-4239.html