Cinq ans après avoir promis des réformes politiques, le président Bo^^^^^ika a fait adopter une nouvelle Constitution par le Parlement, dimanche. Libéral en apparence, le texte limite à deux le nombre de mandats présidentiels, garantit la séparation des pouvoirs, la parité hommes/femmes dans la fonction publique, la reconnaissance du berbère comme "langue nationale et officielle" aux côtés de l’arabe, etc.

Dans les faits, elle révèle le bricolage d’un régime en fin de parcours qui cherche à gagner du temps, en récupérant les revendications multiples, parfois contradictoires, de la société. Comme la proclamation de "l’Islam, religion d’Etat" et la "garantie de la liberté de conscience".

Luttes de clans

Au sommet de l’Etat, la lutte des clans s’est terminée par la victoire du cercle présidentiel sur le Département du renseignement et de la sécurité (DRS, services secrets). Le général Toufik, l’énigmatique faiseur de présidents pendant 25 ans, et ses principaux adjoints ont été mis à la retraite; le général Hassan, son bras droit chargé de la lutte antiterroriste a été arrêté et condamné à 5 ans prison ferme pour "infraction aux consignes et destruction de documents".

Fin janvier, le DRS a été dissous et remplacé par de nouvelles structures de sécurité contrôlées par le Président. Malgré ces changements, le régime reste dans l’œil du cyclone. Entamé dans l’abondance, le règne du président Abdelaziz Bo^^^^^ika, âgé de 78 ans et malade, risque de sombrer dans le cauchemar. En juin 2008, alors que le prix du baril de pétrole était de 142 dollars, l’Algérie, dont les recettes pétrolières constituent plus de 90 % des revenus, avait présenté un ambitieux programme de développement : autoroutes, métro à Alger et tramway dans les grandes villes, construction d’un million de logements, prêts sans intérêts aux créateurs d’emploi, et soutien aux produits de consommation.

Sauve-qui-peut et méthode Coué

Cette politique sociale, en apparence généreuse, n’est, en fait, qu’une feuille de vigne qui cache mal la corruption des clientèles du régime. Des scandales gigognes ont quitté le huis clos du sérail pour impliquer des ministres, assurés d’une imparable impunité. Depuis quelques mois, c’est le sauve-qui-peut. Le prix du baril de pétrole est passé sous la barre des 30 dollars, la colère gronde, et le pouvoir ne peut plus acheter une paix sociale factice. Des manifestations sporadiques, violemment réprimées, éclatent un peu partout, même si elles n’ont pas pris la forme, tant redoutée, d’un soulèvement populaire généralisé.

Il n’en fallait pas plus aux privilégiés du régime pour envisager déjà l’avenir sous d’autres cieux. Les fortunes accumulées grâce à la corruption, au marché noir, et, dit-on, le trafic de drogue et le terrorisme, se convertissent en euros pour être réinvesties à l’étranger. Notamment dans l’immobilier en France. Conséquence de cet "exode", le dinar a perdu en quelques mois près de 30 % de sa valeur officielle. Pour capter l’équivalent des 40 milliards de dollars qui circulent dans le marché noir, le gouvernement a décrété leur bancarisation contre un impôt de 7 % et une déclaration "qu’ils ne proviennent d’activités illicites". Sans succès.

Malgré la méthode Coué des autorités pour conjurer la crise, les Algériens redoutent le pire : le recours à l’endettement extérieur qui avait mis le pays à genoux devant le Fonds monétaire international dans les années 90, et l’explosion sociale. Depuis janvier dernier, les prix des carburants, de l’eau, de l’électricité et du gaz ont augmenté; on annonce l’abandon du soutien aux produits de large consommation et la réduction des importations. Avec un président âgé et diminué par un accident vasculaire cérébral qui l’a cloué sur un fauteuil roulant, la guerre de succession encore feutrée risque d’être tragique.

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