Les États-Unis détruisent un satellite espion au-dessus du Pacifique

La « Guerre des étoiles » relancée ?

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La destruction du satellite coûte aux contribuables américains entre 40 et 60 millions de dollars US. L’USA 193, le satellite espion détruit, pèse 1,1 tonnes et a été lancé en 2006. C’est un « engin spatial hautement classifié », pourvu de technologie de pointe. Le Pentagone garde le secret sur ses spécificités. La quasi-totalité des débris du satellite devrait brûler à son entrée dans l’atmosphère, prévue depuis hier et le reste des débris devrait re-pénétrer dans les 40 jours à venir.

Jeudi, dans le Pacifique nord, à 3h26 GMT, le croiseur USS Lake Erie a tiré un missile SM-3 tactique qui a frappé un satellite espion américain à 247 km au-dessus de l’océan Pacifique alors qu’il évoluait dans l’espace à plus de 11 265 km/h. Il y eu impact au bout de 3 minutes. Selon les militaires américains, « la vocation habituelle » du SM-3 est de faire exploser des missiles ennemis. Selon la version officielle, la destruction de ce satellite espion s’explique par le danger que représente un réservoir contenant 450 kg d’hydrazine, un carburant mortel en cas d’inhalation, pouvant être très dangereux en cas de chute sur un territoire habité. Le satellite risquait de tomber sur la Terre au cours de la première semaine du mois de mars. A son entrée dans l’atmosphère, l’engin de 2,2 tonnes aurait pris feu, mais environ la moitié risquait d’échapper à la désintégration. Les débris se seraient alors dispersés sur plusieurs centaines de kilomètres. Mais Xavier Pasco, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), juge cependant peu vraisemblable la justification officielle avancée par Washington. Interrogé par l’AFP, il précise que « l’hydrazine brûle dans l’atmosphère sans qu’on ait besoin de la détruire et ne présentait qu’un risque infime ». En plus, « il n’y avait que de 0 à 1% de chance que le satellite s’abatte sur une région habitée », renchérit Avital Johanan, de la revue britannique Jane’s Intelligence, sollicité par l’AFP. Alors pourquoi avoir mené une telle opération à grand renfort de publicité ? L’administration américaine aurait ainsi profité de la mésaventure de son satellite espion, lancé en décembre 2006, et devenu incontrôlable pour rappeler sa maîtrise de l’espace aux Chinois, qui avaient procédé par surprise à la destruction de l’un de leurs vieux satellites météo par un missile, rappelle l’AFP. Cette opération serait également une « piqûre de rappel » à l’adresse des Russes, farouchement opposés au projet américain de bouclier antimissiles en Europe, tout comme des Tchèques et des Polonais qui pourraient accueillir des éléments de ce dispositif – missiles intercepteurs et radar ultra-perfectionné – sur leur territoire. D’ailleurs, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a déclaré, jeudi dernier, que la question de savoir si le système de défense antimissiles des Etats-Unis fonctionne est désormais « réglée » avec la destruction réussie du satellite espion défectueux. « Nous avons eu un certain nombre de tests couronnés de succès, et le fait que le Congrès ait accordé ces dernières années des milliards de dollars pour la poursuite du programme de défense antimissile prouve que la question de savoir si ce système va marcher ou pas est derrière nous », a-t-il ajouté. Ce tir vient justifier les énormes crédits accordés à la Missile Defense Agency (MDA), quelque 10 milliards de dollars par an. L’aptitude à abattre des satellites est considérée par les experts comme un élément d’une importance cruciale dans les conflits à venir du fait de la dépendance des équipements militaires modernes vis-à-vis de la communication par satellites. Washington aura ainsi fait la démonstration au reste du monde de la capacité américaine à mener une « Guerre des étoiles », bien que l’administration Bush se défende d’une telle intention. Mais les assurances de M. Bush ne convaincront que peu de monde. La destruction spectaculaire de ce satellite démontre la détermination des États-Unis à appliquer la doctrine de « domination spatiale », officiellement avalisée par George Bush en 2006.

source : http://www.elwatan.com/spip.php?page..._article=87788