Rentrée sociale, ramadhan et fête de l’aïd
La grande saignée des ménages

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Chaque chef de foyer est en quête d’une rallonge en recettes d’au moins 65 000 dinars. C’est le montant de la cagnotte qu’il faut injecter pour faire face à cette saignée annoncée.

Cadeaux pour les fêtes de mariage par-ci, denrées alimentaires pour les préparatifs du Ramadhan par-là, et entre les deux, les fournitures scolaires pour la rentrée des classes. Depuis une semaine, au niveau des rues commerçantes des villes algériennes, les commerces, selon leurs spécialisations, sont en pleine campagne du fait que, dans un même laps de temps, trois évènements majeurs sont vécus par les foyers algériens.

Si la célébration des mariages, comme chaque été, atteint son apogée en cette mi-août, le mois du jeûne, avec ses tables garnies contre couffins remplis, est attendu dans moins de deux semaines et, enfin, la rentrée scolaire s’invitera deux autres semaines après.

Ces évènements seront couronnés, d’ici un mois et demi, par les fêtes de l’Aïd el-Fitr.

Jamais, depuis 25 ans, la tirelire de l’Algérien n’est aussi éprouvée par autant de rendez-vous. La spécificité socioculturelle du marché algérien fait que c’est au même segment de clientèle qu’est destinée cette offre hétérogène. Autrement dit, ce sont les mêmes bourses qui sont appelées à faire autant de dépenses dans un espace de temps limité à 45, voire 60 jours au plus. Du coup, depuis quelques jours, les Algériens ne sont pas en vacances, du moins mentalement, car leurs méninges sont rudement éprouvées par une gymnastique des plus difficiles. Trouver les acrobaties qu’il faut pour honorer ces rendez-vous sans trop s’endetter et sombrer dans la déprime. Certains foyers jouent carrément au quitte ou double car c’est de la façon avec laquelle ils régleront cette douloureuse équation à tant variables que dépendra l’avenir, leur avenir.

Cette année, la célébration des fêtes de mariage n’a pas bénéficié de l’effet de son étalement sur l’ensemble de la saison estivale selon la modulation usuelle, soit du 15 juin au 15 septembre. L’essentiel des cérémonies est célébré avant le 20 de ce mois. Les forts liens de la famille algérienne, s’ils sont un atout en matière de solidarité, sont, dans ce genre de situations, synonymes d’une somme d’engagements matériels.

Dans une famille, on y trouve une moyenne de 10 fêtes par été. Au minimum, un invité offre entre 1 000 à 10 000 dinars selon le degré de parenté et l’étape des festivités (el-jaria, el-hanna ou edkhoul). Disons qu’au minimum et en moyenne, chaque foyer algérien a déboursé l0 000 dinars par personne adulte lors des invitations aux mariages de ce mois.

Si les invitations aux mariages se font rares dès cette semaine, cela ne va pas malheureusement se traduire par une trêve des dépenses. Dans moins de deux semaines, Sidna Ramadhan, comme on aime bien qualifier le mois du jeûne dans plusieurs régions du pays, sera là. En ville, dans les foyers et même dans les mosquées, l’atmosphère propre à ce mois s’est déjà installée. “Ramadhan, on le sent 30 jours avant ; regarde autour de toi, tu n’as pas l’impression qu’on y est déjà ?” explique ammi Alloua, un commerçant installé dans la vieille Souika de Constantine.

Les commerces exposent les denrées et autres confiseries qui vont avec la table ramadhanesque. Semoule pour la kessra, pâtes traditionnelles, raisins secs, chamia, k’taïf, amandes… tout est là à attendre l’acheteur. Mais, il faut le dire, la grande saignée sera durant le mois même, car près de 70% des dépenses iront aux produits carnés, toutes viandes confondues. En moyenne, un foyer algérien composé de 5 personnes dépense 1 000 dinars par jour durant ce mois rien que pour les besoins de la table, soit une note mensuelle de 30 000 dinars.

Avant la mi-Ramadhan, soit le 13 septembre prochain, c’est la rentrée scolaire. Un événement synonyme d’une double dépense. Les parents sont appelés à acheter les fournitures scolaires et les effets vestimentaires. Afin de faire de bonnes affaires, ces derniers achats sont effectués ces jours-ci. Une famille de deux enfants dépense une moyenne consolidée de 15 000 dinars. 80% des foyers algériens ne peuvent échapper à cette autre saignée à cause de la structure démographique du tissu social algérien.

Une fois les nouveaux habits de la rentrée achetés et le trousseau entre les mains des enfants, il restera juste deux semaines pour acheter les produits qui serviront à la confection des gâteaux de l’Aïd el-Fitr. Si les parents sont, cette fois- ci, exonérés de l’achat des vêtements (promiscuité avec la rentrée scolaire), le jour même de l’Aïd, d’autres dépenses viendront s’imposer. Il faut garnir la table basse, acheter les jouets pour les bambins, donner des pièces de monnaie à ceux des proches et voisins et se déplacer au bled ou l’inverse. La facture de ces dépenses de fête avoisine la moyenne des 10 000 dinars par foyer.

C’est cette suite d’événements qui fait que même les Algériens qui sont en congé n’arrivent pas à savourer les délices des vacances. Aux dépenses exceptionnelles, il faut des ressources exceptionnelles, comme disent les financiers. Chaque chef de foyer est en quête, même si c’est dans son subconscient, d’une rallonge en recettes d’au moins 65 000 dinars. C’est le montant de la cagnotte qu’il faut injecter pour faire face à cette saignée annoncée mais non conventionnelle. En effet, elle s’ajoute aux dépenses de tous les mois, soit celles qui doivent couvrir les frais du manger, les factures d’électricité, d’eau, de téléphone, les mensualités du crédit véhicule et crédit logement, sans compter les frais de médication.

Sous d’autres cieux, ce tableau est apocalyptique. Chez nous, optimisme sud-méditerranéen à la rescousse, on positive. Pour Atika, une enseignante bônoise, à l’instar de son mari qui a sacrifié cet été ses vacances en Tunisie, devenues pourtant sacrées depuis cinq ans, “on s’en sortira car on est habitué à voir la main divine nous venir au secours ; il faut juste espérer que la bêtise humaine nous laisse au minimum le luxe de sortir après le f’tour”.

En effet, en plus de la situation socioéconomique, la hantise de l’insécurité est une autre variante avec laquelle composent, depuis quelque temps, les familles algériennes.

a la menace terroriste, s’ajoute celle du grand banditisme et du crime organisé. Dans certaines régions du pays, sortir le soir pour se déconnecter d’un quotidien des plus difficiles, c’est prendre le risque de s’exposer aux agressions physiques et autres kidnappings.

Dans une ville comme Constantine, troisième du pays, il est quasi impossible pour une famille de se balader en ville ou de s’attabler sur une terrasse sans se sentir agressés même par les propos déplacés et vulgaires de meutes de jeunes certains de leur impunité.

Pour plusieurs universitaires ayant traité les périodes de transition connues par les nations, l’etat, garant de la stabilité sociale et du bien-être de ses citoyens, doit trouver des solutions pour aider les populations à traverser ces moments difficiles causés, certes, par le faible pouvoir d’achat, mais aussi par l’irrationalité du consommateur algérien.

Cela doit se matérialiser par des aides envers certaines catégories ou même toutes, mais aussi par des campagnes efficientes et intelligentes de promotion du civisme. Sans populisme, il faut admettre que l’heure de l’adaptation du mode de vie des Algériens aux nouvelles mutations socioéconomiques a sonné. Toutes les sociétés sont passées par ce chemin.

source : http://www.liberte-algerie.com/edit.php?id=98289