Ils ont vendu leur récolte à l’État à crédit

300 producteurs de pomme de terre exigent d’être payés

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La colère, l’indignation et l’inquiétude se partagent le cœur des 300 producteurs de pomme de terre de la wilaya de Bouira, dont une partie s’est réunie récemment au niveau de la chambre d’agriculture. Ils se concertaient sur la conduite à tenir avant de rencontrer le responsable du secteur autour de la question de payement de leur récolte. L’Etat leur a racheté toute leur production qui menaçait de pourrir sur pied ou d’être vendue au rabais. Alors que certains producteurs la cédaient à 5 et 10 DA le kg, l’Etat offrait 20 DA.

Bouira. De notre bureau
Beaucoup se demandent s’il n’aurait pas été préférable de la vendre au rabais comme certains l’avaient fait. En comptant les frais de transport, ceux de la manutention et de l’emballage, sans parler du taux de pourrissement affectant la marchandise pendant le déplacement et estimé entre 30% et 40%, nos interlocuteurs considèrent qu’ils sont doublement perdants dans cette affaire. Non seulement ils ont vendu leur produit à crédit sans savoir quand ils seront payés, mais il leur a fallu débourser encore pour couvrir les frais. Ainsi, Mouloud qui a transporté sa production à Skikda indique avoir loué un camion pour 6 millions, déboursé 6000 DA pour le chargement et le déchargement et 10 DA pour l’emballage du kilo de pomme de terre.

Certains se plaignent d’avoir été floués par les propriétaires des chambres froides où ils avaient livré leur production. Sur un total de 1200 quintaux, Mouloud ne s’est vu reconnaître que 900 quintaux, tandis que Samir laissait dans l’affaire 285 quintaux. Tous déclarent s’être lancés dans la campagne de production d’arrière-saison en contractant des crédits pour l’achat de la semence. Mais alors que les jeunes pousses commencent à sortir du sol, le souci ronge les « patatiers », qui ne savent comment financer la fourniture d’engrais. Mouloud, lui qui a payé ses 200 quintaux d’engrais il y a dix jours, se demande quand se fera la livraison à partir de Béjaïa.

La production à travers la wilaya est estimée par un responsable de la direction des services agricoles à 150 000 quintaux, livrée vers des chambres froides, à travers 14 wilayas du pays. On peut citer Mostaganem, Médéa, Djelfa, M’sila, Biskra, Bouira, Boumerdès, Tizi Ouzou, Béjaïa, etc. Une question revient spontanément sur toutes les lèvres : quand l’Etat se décidera-t-il à payer aux producteurs ce qu’il leur doit pour le rachat de leur récolte ? Cette situation n’est pas de nature à encourager le développement de cette filière qui a été pendant des années au cœur d’une forte tension sur le marché national.

source : http://www.elwatan.com/300-producteu...pomme-de-terre