Pétrole - pourquoi un baril à moins de 80 dollars serait catastrophique pour l’Algérie

Par ali idir , le 16/09/2008

La chute des prix du pétrole qui se poursuit depuis quelques semaines fausse les calculs du gouvernement et inquiète fortement les milieux d'affaires. Un baril de brut à moins de 80 dollars va créer une situation difficile à gérer pour l'Algérie. Le pays a entrepris en 2005 un vaste programme de construction et de modernisation de ses infrastructures de base, en s’appuyant sur l'argent du pétrole. Le gouvernement, dans ses prévisions, s’est également montré trop optimiste. Un peu trop même : au début de l’été, le ministre de l’Energie Chakib Khelil voyait le pétrole à 200 dollars avant la fin de l’année. Moins de trois mois plus tard, hier, le baril clôturait légèrement au-dessus des 90 dollars.

Le gouvernement dépense en moyenne 15 milliards de dollars par an pour maintenir la paix sociale en subventionnant les produits alimentaires de base (blé, lait…) et en distribuant des aides aux plus démunis comme la prime de scolarité portée cette année à 3000 dinars. «Si le pétrole descend à moins de 80 dollars, l'Algérie aura de gros problèmes pour financer seule ses projets et continuer à subventionner massivement les produits alimentaires de grande consommation», avertit un économiste.

La raison ? Un simple calcul montre en effet que l'économie algérienne est dangereusement exposée à un pétrole faible. «L'Algérie exporte 1,4 millions de barils par jour. Autrement dit, elle gagne 140 millions de dollars par jour sur la base d’un baril à 100 dollars, soit 50 milliards de dollars par an. Or, nos importations vont atteindre 35 milliards de dollars en 2008», explique le même économiste. La chute des prix du pétrole de 20%, à 80 dollars le baril, va ramener nos recettes en devises constituées à 98% d'hydrocarbures à moins de 40 milliards de dollars. Soit un écart de seulement 5 milliards avec notre volume d’importations», explique t-il.

Plus inquiétant, le recul des prix du brut intervient au moment où les importations de l'Algérie augmentent d'une façon vertigineuse. Plus de 32% en 2008 (35 milliards de dollars prévues) par rapport à 2007 (28 milliards de dollars). Et ce n'est pas fini. Les importations algériennes constituées en partie de produits alimentaires et de médicaments devraient atteindre la somme colossale de 47 milliards de dollars en 2012, selon des prévisions du Fonds monétaire international (FMI), rendues publiques début 2008.

Selon le FMI, l'économie algérienne demeurera dépendante des hydrocarbures au moins jusqu'à 2012. L'Algérie va devoir trouver l'argent nécessaire pour financer ses importations et ses grands projets d'infrastructures. «La perspective d'un baril de pétrole à moins de 80 dollars fait froid dans le dos. C'est très inquiétant. Le gouvernement n'a pas su utiliser les recettes pétrolières pour réformer l'économie et réduire sa dépendance vis-à-vis des hydrocarbures», regrette autre chef d'entreprise.

Dans le cas d’une chute brutal des prix du baril, le scénario catastrophique vécu par le pays durant les années 1980 (crise alimentaire, pénuries, émeutes populaires) n'est pas à écarter. Du coup, la nouvelle donne pétrolière réduirait la marge de manoeuvre du gouvernement sur les plans économique et social. L'Algérie risque de recourir à des crédits extérieurs pour financer son économie après avoir décidé de ne plus emprunter à l'étranger. Un retour à la case départ.

source : http://www.toutsurlalgerie.com/Petro...-cat_4815.html