plus de 40 % des adolescents algériens âgés entre 13 et 18 ans ont déjà fumé

Par hakim ait dahmane , le 21/09/2008

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C'est dans la pénombre d'une cage d'escalier d'une cité populaire de Ain Nadja que Mohamed, Mourad et leurs copains ont pris l'habitude de se retrouver aux premières lueurs de la nuit. Ici, loin de l'ambiance mondaine et électrique des Kheimates de Sidi Yahia, du Sheraton ou du Hilton, des adolescents âgés à peine de 14 ans à 16 ans tentent de faire de leurs «saharates ramadanesques», un moment plus au moins agréable. «On n'a rien à faire. On se donne rendez-vous ici après le F'tour et on part jouer au Baby-foot dans la cité en face. Quelques fois on se fait des parties de PlayStation. Mais sinon, c'est toujours la même routine», confie Mourad, 15 ans, dont les frustrations se mesurent au nombre des cigarettes qu'il a décidé d'égrener pour la suite de la soirée.
«Allah ghaleb, je sais que fumer est dangereux pour la santé, mais la cigarette est ma seule véritable copine. Elle me soulage. Et j'ai puis l'impression que je suis un vrai adulte en fumant. Je me sens mieux ainsi dans ma peau», tente de justifier le jeune adolescent. Mohamed, 16 ans, quant à lui, sort spontanément de sa poche un paquet Rym teinté de rouge et blanc. «J'ai commencé à fumer à l'âge de 13 ans. Avec le temps, c'est devenu banal. Tous mes amis aujourd’hui au lycée ont commencé à fumer au collège. Je ne connais pas quelqu'un dans mon entourage qui ne fume pas», affirme-t-il sur un ton péremptoire. En quelques tours de mains, c'est toute la clique qui se met à flirter avec les clopes. «Chriki, file moi encore une autre», crie-t-on encore de part et d'autre. La soirée ne vient que commencer et le tabac rythme d'ores et déjà les palpitations de ces jeunes adolescents. Mineur et fumeur, ces ados l'assument décidément sans le moindre complexe. Et comme se plait à dire Mohamed, «Le Demar n'a pas d'âge». Conforté dans leur tabagisme refuge, ces ados confirment n'hésiter devant rien pour se procurer leur maîtresse incontournable, la cigarette. «Il y a l'argent de poche que mes parents me donnent. Et parfois, je pique quelques clopes à mon père. Comme tout le monde, j'ai ramassé des mégots par terre dans la rue. Un voisin m'a vu une fois et m'a dénoncé à mon père. Il m'a sévèrement puni. Depuis, je suis plus discret», raconte le petit Mourad sans état d'âme.

Des adolescents comme Mohamed et Mourad sont de plus en plus nombreux en Algérie. En tout cas, les experts sont unanimes : les mineurs algériens sont largement exposés aux périls du tabagisme. C'est ce que révèle une récente étude scientifique sur la prévalence du tabagisme chez les jeunes de moins de 18 ans. Présentée lors du premier congrès euro-africain sur les maladies d'asthme, d'allergie et d'immunité clinique qui s’est tenue récemment à Alger, l’étude indique que plus 40 % des jeunes algériens âgés entre 13 et 18 ans ont déjà fumé.

Ces résultats viennent s’ajouter à ceux, encore plus inquiétants, d’une autre enquête de la Fondation nationale pour la recherche médicale (Forem), réalisée au cours de la première quinzaine de mai 2006 sur un échantillon de 1 370 élèves. L’étude a montré que le tabagisme en Algérie toucherait 8% des jeunes de moins de 12 ans. De cette étude, il ressort également que 77 % de ces enfants déclarent bénéficier d'argent de poche de leurs parents pour s'acheter des cigarettes, et 13 % disent se débrouiller autrement pour s'en procurer. Cette enquête de la FOREM démontre enfin que 15 % des enfants interrogés ignorent la relation entre la consommation de tabac et la consommation de drogue. Ce constat amer explique largement le passage de ces mineurs vers la toxicomanie, fléau encore plus dangereux et plus destructeur.

Malheureusement, le manque de sensibilisation constitue la cause principale de l'augmentation de ce taux élevé de fumeurs parmi les mineurs en Algérie. Les spécialistes évoquent l'importance de l'adoption d'une stratégie de lutte efficace contre le tabagisme fondée sur le principe de prévention par la sensibilisation de la société civile sur les périls de cette dépendance funeste qui tue annuellement près de 15 000 personnes en Algérie.

source : http://www.toutsurlalgerie.com/Alger...tre-_4865.html