La colère des riverains de l’aéroport d’Alger

À une semaine de l’évacuation totale des lieux

mardi 23 septembre 2008.

Plusieurs sociétés situées dans la zone industrielle de Dar El-Beïda sont sommées de déménager sous huitaine, sous peine de se voir poursuivies en justice. Aucune indication ne leur a été fournie quant à l’avenir de leurs activités ou au sort de leurs employés.


La récente décision d’évacuer les activités artisanales et commerciales situées aux alentours de l’aéroport international d’Alger, pour raison sécuritaire, constitue une véritable onde de choc chez des industriels et concessionnaires de véhicules. “Il y a un problème de cohérence dans cette affaire. Nous avons investi d’importantes infrastructures et recruté du personnel. Nous ne pouvons pas quitter du jour au lendemain le terrain et les locaux, sans savoir où aller et sans indication de la wilaya sur ce sujet.” Cet avis a été exprimé hier par le directeur général de la Compagnie générale des équipements de travaux publics (Cogetp Volvo), Kamel Saïdani. Ce dernier a du mal à croire que le site de la filiale du groupe Cevital, construit à 350 mètres de la clôture de l’aéroport, soit réellement concerné par le décret du wali du 23 août. Un arrêté qui, remarquera-t-il, ne fixe pas la distance à ne pas dépasser, contrairement à la loi précédente qui, elle, la limite à 200 mètres. “Des gendarmes se sont encore présentés hier et étaient surpris d’apprendre que notre site se trouve à 350 mètres de la clôture de l’aéroport”, a-t-il informé, en admettant toute sa difficulté à accepter l’idée du départ, alors que Cogetp Volvo vient à peine de s’installer. Sur un autre plan, le gestionnaire estime que la question sécuritaire de l’aéroport ne peut pas faire abstraction de la réalité. Aussi suggère-t-il de “laisser un peu de temps aux gens” pour s’organiser en conséquence et prévoir dans le même temps “une compensation” pour les dédommager de tous ces désagréments. Le wali d’Alger a, pour rappel, signé un arrêté n° 2786 interdisant toute activité, légale ou illicite, autour du périmètre de sécurité de l’aéroport international (et du port). Un délai d’un mois a été fixé aux commerçants et industriels, ainsi qu’aux habitants, effectif à compter de la date de notification. Des travailleurs de Cogetp Volvo approchés n’excluent pas l’idée d’une “exagération” de la part du wali, en s’interrogeant sur les motivations réelles d’une telle décision. Cela, d’autant que la première visite de la Gendarmerie nationale n’a eu lieu que le 4 septembre, soit plus de dix jours après la signature de l’arrêté. Par ailleurs, l’APC de Dar-El-Beïda a attendu plusieurs jours encore, pour afficher une note interdisant toute construction dans le sillage de l’aéroport. Ces deux informations ont été plus tard confirmées par M. Saïdani, qui a indiqué : “Au début, je n’ai pas cru les gendarmes, je pensais que c’était une erreur. Mais, devant leur insistance, j’ai fini par les prendre au sérieux.” Au niveau de Foton, une entreprise de distribution des matériels de travaux publics, des salariés n’ont pas caché leur inquiétude devant “la menace” qui touche l’aéroport et ses environs. “Seule une menace grave et immédiate peut justifier un tel arrêté”, a déclaré un gardien, en doutant cependant de cela. L’arrêté du wali d’Alger vient en application des instructions données par le gouvernement relatives à la mise en place d’un plan de sécurité. Il n’est pas pour autant accueilli avec enthousiasme par les personnes concernées par la mesure, notamment par les commerçants et industriels, ainsi que leurs employés qui se sentent menacés. Au niveau du parc véhicules de Hyundai Motor, des salariés nous ont fait part de leur inquiétude. “Les gens attendent l’Aïd et nous, nous attendons la réponse que notre patron a introduite auprès de la justice”, a révélé le chef de parc. Celui-ci a aussi essayé de montrer “l’aberration” concernant les délais fixés dans l’arrêté du mois d’août, montrant du doigt les quelque 3 000 voitures immobilisées dans le parc. “Un mois ne suffira jamais pour les placer ailleurs. Il faudra d’abord trouver un endroit pour les caser”, a-t-il dit. Parmi la trentaine de salariés, d’aucuns ont déploré cette “manière de bousculer les gens”, alors que “l’Algérie fonctionne dans l’à-peu-près” ; d’autres en revanche ont exprimé leur impuissance en cas de perte d’emplois. Dans l’affaire de la sécurité de l’aéroport, certes un gros dossier pour le gouvernement, la communication semble déficiente. Aucune indication ou orientation n’est donnée concernant les délais “réels”, les terrains à proposer ou les indemnisations. D’où le sentiment du “fait accompli” chez beaucoup de personnes approchées, qui se demandent à qui s’adresser en cas de recours ou de protestation. À cela vient s’ajouter la manière, peu cavalière, des services administratifs, censés suivre ou contrôler l’opération de fermeture. C’est le cas de certains services du ministère du Commerce, qui ont menacé récemment les commerçants et industriels, pourtant très “légaux”, de “poursuites judiciaires”, en cas de non-présentation au service du registre du commerce en vue d’annuler leur registre du commerce.

source : Liberté

source : http://algerie.actudz.com/article2635.html