Opération « identification des Sim anonymes »
La situation semble être mieux maîtrisée
mardi 30 septembre 2008
par Mohamed Benomar

Officiellement, l’Algérie, comme le reste des pays émergents, a vu une explosion des utilisateurs du téléphone mobile. Trois opérateurs dont un public, Mobilis, se disputent un marché juteux estimé à 30 millions de clients. Le phénomène anormal est l’existence de puces anonymes. C’est-à-dire des Sim, soit des numéros de téléphone, vendues... à des inconnus.

Les opérateurs algériens ne sont pas tenus d’identifier leurs clients. En France, on se rappelle du début de la Mobicarte vendue dans les bureaux de tabac où il fallait couper les lignes de la première centaine de clients dans le cas où ils ne se faisaient pas connaître. Depuis, en France, et dans tous les pays, l’identité du client est obligatoire pour acquérir une Sim, plus connue sous le générique de puce. L’Etat algérien s’est rendu compte de l’erreur depuis plusieurs mois, mais il n’est absolument pas pressé de régler le problème. Puisque la date limite de régularisation de ces puces anonymes, qui était fixée au 15 avril dernier, a été encore repoussée à octobre. Deux conséquences : le chiffre d’affaires et toute la comptabilité des opérateurs seraient à revoir, et les mafieux, les criminels et les terroristes ont entre leurs mains des puces qu’ils peuvent utiliser à des fins « maléfiques » et... partout dans le Monde, puisque le Roaming permet d’utiliser ces puces à l’étranger. Démarrant doucement, l’Arpt a changé de stratégie et est passée à la vitesse supérieure. Les trois opérateurs de téléphonie mobile du pays sont sommés d’identifier d’ici le 10 octobre prochain pas moins de 4 millions de puces dites anonymes (Sim vendues à des clients non identifiés). Il s’agit donc de millions de puces non identifiées qui vont être régularisées au niveau des trois opérateurs de téléphonie mobile qui existent en Algérie, en l’occurrence AT Mobilis, Djezzy et Nedjma, mettant ainsi de l’ordre dans le marché algérien de la téléphonie et une atténuation de l’activité parallèle. Il semble que tous les opérateurs soient touchés d’une manière très importante selon leur ancienneté sur le marché. Selon M. Hamid Grine, directeur de la communication du premier opérateur de la téléphonie mobile par le nombre d’abonnés, Djezzy (14 millions de clients), il reste « 400 000 clients anonymes » à identifier d’ici le 10 octobre. Quant à Mobilis, Mohamed Daâs, responsable et chargé de la communication au sein de l’opérateur historique, nous dit que « nous suivons à la lettre les instructions de l’Arpt concernant l’opération puce non identifiée. Depuis quelques semaines, AT Mobilis, qui a plus de 18 000 points de vente identifiés, ne met plus sur le marché de Sim pré-activée. C’est le vendeur, qui est répertorié et identifié, qui débloque la Sim en utilisant son code et qui est répercuté au siège grâce à la data de Arselni. » Autrement dit, le client doit absolument s’identifier et l’information est transmise en instantané pour permettre l’activation immédiate. Dans la boutique de Nedjma, à Kouba, personne n’est habilité à parler aux journalistes. Mais l’on croit savoir de sources sûres qu’il reste 400 000 clients à identifier pour cet opérateur. Entre les mois de février et de juin, 600 000 puces ont été régularisées et 400 000 autres de juillet à septembre. « Il resterait aux alentours de 90 à 100 000 à suspendre » par tranche, mais qui peuvent aussi être régularisées si les détenteurs se présentent au niveau des points de vente agréés. Au niveau des boutiques à Kouba, Sidi Yahia, El Biar et Alger centre des trois opérateurs, c’est le rush depuis le début du Ramadhan, de jour comme de nuit. Mohamed, fonctionnaire, que nous avons abordé dans un espace Mobilis, dira : « Comme je tiens à préserver ma carte Sim, je me suis empressé de venir régulariser ma situation avant qu’il ne soit trop tard. Je pense que c’est une bonne chose, car la situation devenait stressante. Ainsi, au moins on est à l’abri de tout risque. » C’est quasiment le même son de cloche au niveau de la boutique de Djezzy. Karim, étudiant, un jeune venu acheter une nouvelle carte Sim après la résiliation de sa précédente puce, indique à ce sujet : « L’opérateur a résilié ma carte car je ne l’avais pas rechargée depuis plus de trois mois. De plus je possède une autre puce anonyme que je veux régulariser au plus vite pour éviter de perdre encore une fois mon numéro que beaucoup détiennent. Ça ne m’intéresse pas de résilier cette carte Sim et d’acheter une autre avec contrat du moment que le même numéro serait repris par un autre client. » Place Audin chez Nedjma, Feriel, institutrice, nous dit tout de go : « J’utilisais les cartes Sim comme de simples recharge, et à chaque fois que l’une se terminait je la jetais. Aujourd’hui, il est presque impossible de trouver une Sim. J’ai eu tellement de numéros ! mais ces deux-là sont simples, alors je vais les garder, et c’est pour cette raison que je suis ici. » La répartition du nombre d’abonnés par opérateur, selon les statistiques de l’Arpt, fait ressortir qu’Algérie Télécom Mobilis (ATM) comptait 9 414 694 clients fin novembre 2007 avec 35,3 % de parts de marché, Orascom Télécom Algérie (OTA) 13 061 769 d’abonnés avec 49 % de parts de marché, et Wataniya Télécom Algérie dénombre 4 171 835 d’abonnés avec 15,7 % de parts de marché. Mais à l’issue de l’opération d’identification, les répartitions des parts de marché devraient sensiblement évoluer et… être identifiées.

source : http://66.221.192.192/spip.php?article1038