Première sortie du chef du gouvernement devant le congrès du RND
“La bonne gouvernance ne consiste pas seulement à dépenser l’argent du pétrole”



Fidèle à son image de pragmatique, le patron du RND a prôné la rigueur économique tout en réitérant son soutien et celui de son parti au président de la République, “notamment aux échéances politiques majeures qui s’annoncent pour bientôt”.

C’est davantage en sa qualité de Chef de gouvernement qu’Ahmed Ouyahia s’est adressé, hier, à l’hôtel El-Aurassi, aux invités (des chefs de parti politique, des dirigeants d’organisations de masse et patronales…) et aux 1 400 participants au 3e congrès ordinaire du RND. C’est du moins l’interprétation inspirée de son discours quand il a longuement évoqué la situation du pays dans ses multiples dimensions, alors qu’il a surfé furtivement sur la vie organique du Rassemblement.

Ahmed Ouyahia, fraîchement réinstallé au Palais du gouvernement, s’est félicité de la victoire de l’Algérie sur le terrorisme, grâce, en partie, à la réconciliation nationale de son propre aveu et les réalisations effectives dans divers domaines. Il a surtout encensé le président de la République, qui eut, à son avis, la clairvoyance de rembourser par anticipation une grande partie de la dette extérieure. Ne voulant certainement pas s’embourber dans un satisfecit trop flagrant quant à “une situation financière qui nous met à l’abri pendant quelques années”, il a montré le revers de la médaille incarné par la bureaucratie ; la malvie “qui contraint les jeunes au suicide à travers les mers” ; la criminalité ; les maux sociaux ; le chômage et surtout “une dépendance excessive des seules recettes pétrolières”. C’est là le tableau peint par Ahmed Ouyahia de la situation du pays, en ce sens que “des progrès indéniables sont là, mais des problèmes complexes sont encore devant nous”. Il a estimé nécessaire de “rompre avec le mythe de l’aisance financière et réaliser ce que dépense aujourd’hui l’État représente des recettes pétrolières supérieures à 60 dollars le baril et que l’ensemble des projets publics engagés ont atteint un montant supérieur à celui de nos réserves de change actuelles”. Ce qui signifie que dès que le prix du brut chutera (une fatalité à moyen terme selon les experts), l’Algérie ne sera plus en mesure d’honorer le financement des grands projets. Elle se retrouverait alors dans la conjoncture de 1986 où elle a dû recourir aux crédits extérieurs pour achever les chantiers lancés durant les années de l’embellie financière. Le secrétaire général du RND a prévenu contre les risques de renouer avec la crise des années 1990, si les causes qui l’ont générée ne sont pas enrayées. “L’ennemi mortel de l’Algérie n’est pas dans les rangs de son peuple (…) l’ennemi mortel de l’Algérie réside d’abord dans nos mentalités : il a pour nom l’insouciance, la médiocrité ainsi que les égoïsmes individuels”. À ses yeux, l’émergence du pays parmi les pays développés “ne peut dépendre d’un homme seul (le président de la République en l’occurrence, ndlr) (…), ni des seuls efforts du gouvernement ? Prétendre le contraire, c’est renier la finalité de la démocratie qui est la participation de tous”. Il a néanmoins mis en exergue ce qu’il a considéré comme les exploits du chef de l’État Abdelaziz Bo^^^^^ika.

À ce titre, il a déclaré réitérer “avec conviction notre soutien aux efforts et à l’action de Monsieur le président de la République, le frère Abdelaziz Bo^^^^^ika. Il pourra toujours être assuré de notre soutien loyal, que ce soit au sein des institutions, que ce soit dans le cadre de l’Alliance présidentielle, ou que ce soit en tant que famille politique, notamment aux échéances politiques majeures qui s’annoncent pour bientôt”. Ainsi, le premier responsable du parti accorde une caution claire comme de l’eau de roche à une potentielle candidature d’Abdelaziz Bo^^^^^ika à un troisième mandat présidentiel, si tel est son projet.

Ahmed Ouyahia a abordé, en outre, un fait de l’actualité internationale, l’Union pour la Méditerranée en l’occurrence. “C’est notre conviction que la prospérité de ce projet dépendra du respect de deux principes fondamentaux”. Il a cité l’impératif de la consécration des droits du peuple palestinien et le projet lui-même qui devra se doter “d’objectifs clairs, dans le cadre d’un respect mutuel et d’intérêts mutuellement avantageux pour toutes ses parties”. Est-ce un indice en faveur de la non-participation de l’Algérie au sommet fondateur de l’UPM, prévu à Paris le 13 juillet prochain ? Difficile à dire. Une réponse plus franche sera peut-être donnée par le SG du Rassemblement et Chef du gouvernement lors de la conférence de presse qu’il animera ce vendredi à la clôture du congrès.

source : http://www.liberte-algerie.com/edit.php?id=96183