Officiellement, les autorités disent vouloir stopper les “graves dépassements” qui ont vidé les réserves en devises. Pour y arriver, ils écartent les intermédiaires et certaines agences de voyages accusées de vendre illégalement le droit au change des autres. Mais dans la réalité, l’accès aux 750 euros dépend maintenant d’une carte bancaire internationale. En Algérie, ce n’est pas pour tout le monde.
Désormais, impossible de toucher les 750 euros sans cette carte. Et pour l’avoir, il faut ouvrir un compte devises, un compte en dinars, puis payer jusqu’à 6 000 dinars par an. Beaucoup d’Algériens n’iront pas plus loin.
Dans le communiqué, rien sur la vraie gymnastique à faire : il faut d’abord un compte dinars, ensuite un compte devises, puis demander sa carte Visa, Mastercard, ou American Express. Et à chaque étape, il y a des papiers, des délais, et des frais. Le fonctionnaire de Tiaret ou le retraité de Constantine voyageait avant avec juste son passeport, la preuve de versement et sa carte d’embarquement. Depuis décembre 2025, ça s’est déjà compliqué avec le compte bancaire obligatoire et l’exclusion des titulaires de CCP. Maintenant, la porte se referme un peu plus.
Prenons les tarifs : au Crédit populaire d’Algérie, la Visa Classic coûte 6 000 dinars par an, débités direct du compte dinars, réservée à ceux qui ont déjà un compte devises et un compte dinars. Comptez quinze jours d’attente minimum. À la Banque de développement local, la Visa BDL coûte 4 000 dinars pour deux ans, avec là aussi les deux comptes obligatoires et une commission de 3,11 % à chaque transaction convertie. Société Générale Algérie affiche 4 500 dinars par an pour la Visa Classic, 8 000 pour la Premier, et ajoute une commission de 1 % sur chaque paiement en euros, plus 2 euros et 1 % à chaque retrait à l’étranger.
La Banque nationale d’Algérie ne prend pas d’abonnement très élevé, mais exige un solde minimum de 8 000 dinars sur le compte chéque, et 100 euros sur le compte devises. La Banque extérieure d’Algérie donne gratuitement la Mastercard, mais seulement si le compte devise est approvisionné. Sur tout le territoire, le vrai blocage, c’est le compte devise. Il faut le remplir avec des devises, par virement de l’étranger ou dépôt de cash. Autrement dit, il faut déjà avoir des euros ou des dollars pour recevoir les 750 euros de l’État. Pour prouver qu’on a besoin d’aide, il faut déjà avoir l’aide.
Si on compare avec le SMIC algérien (24 000 dinars depuis janvier), la cotisation annuelle de 6 000 dinars du CPA, c’est déjà un quart du salaire minimum, sans compter d’autres frais ni le temps passé à la banque.
L'objectif affiché est de viser les fraudeurs, mais ce sont surtout les petits voyageurs qui trinquent. Le gouvernement ne parle jamais de “sélection”, pourtant, c’est exactement ce qui se joue : réserver l’accès à ceux qui peuvent ouvrir plusieurs comptes, payer les frais et avancer la devise. Les personnes qu’on visait avec la mesure, ce sont finalement celles qu’on exclut.